La rafle : purge morale et absence de cinéma

L’un des pires films sur la Shoah cartonne déjà en salle. Avec son fil conducteur foutraque, une mise en scène tire-larme et vaguement rétro, La Rafle est pourtant bien une catastrophe cinématographique.

Eu égard à la gravité du sujet, il peut s’avérer difficile de critiquer un film aussi fort potentiellement que la Rafle, relatant un sombre épisode de la seconde guerre mondiale. En effet, hormis dans Monsieur Klein, presque jamais la rafle du Vélodrome d’hiver n’a été traitée au cinéma. Et c’est pourtant devant l’importance de ce sujet qu’il faut attaquer de front le nouveau né de Rose Bosch. L’ex-scénariste voulait s’attacher aux faits, à savoir l’arrestation et la déportation de quelque 14 000 juifs franciliens. On ne peut que saluer l’audace. Sauf que faire du cinéma, ça n’est pas que porter haut et fort une histoire poignante. Il faut la réaliser, lui donner vie, avec intelligence et discernement.

Et c’est là que s’enclenche le désastre. Bosch ne trouve jamais un angle pour élaborer son sujet. Il papillonne, se trimballe, passe d’une famille juive aux décisions de Laval sans que l’on sache réellement pourquoi. Pis, elle se focalise de temps à autre sur le quotidien bien douillet d’Hitler. On devine que la réalisatrice a voulu se référer aux images d’archives de la femme du Führer, ou distiller un peu de ce qu’on trouvait dans La chute. Sauf que du coup, on s’égare. Il aurait sûrement été plus malin de ne se concentrer qu’au destin de quelques familles juives, ou de l’infirmière (Mélanie Laurent) ou alors pousser au bout le projet de montrer la manière dont a collaboré la France.

Clichés en série

Rose Bosch est victime d’une faute d’amateur, de non-historien et de mauvais cinéaste. L’important lorsque l’on traite de la Shoah et plus généralement de la seconde guerre mondiale, c’est de ne jamais diluer la force pure des tragédies passées dans un bain de guimauve inutile. Et du larmoyant, La Rafle en regorge, jusqu’à l’overdose ! Ça commence dès l’affiche et ce titre laconique. Presque une injonction à éprouver aller dans les salles obscures sous peine de réprimandes morales. Le film s’ouvre avec les images d’archives d’Hitler à Paris, sur fond d’Édith Piaf. Comme pour dire, « regardez notre belle France carte postale, elle était belle, dommage que le dictateur s’y balade ». Sauf que tout ça, on le sait. Faire du cinéma, ça n’est pas ça Mme Bosch. C’est encore moins nous mettre dans les pattes Nounou, gamin que l’on croirait sorti d’une pub Soupline afin d’attendrir le cœur des parents. Ça n’est pas non plus nous fourguer tout l’éventail de personnalités présentes pendant la guerre : la nationaliste antisémite, le résistant gaulliste, le juif communiste, le policier plein de remords, celui plus intraitable, j’en passe et des meilleurs.

On pouvait espérer mieux quand on pense à la complexité du sujet, la confiance des juifs en la France, la collaboration voulue de Pétain ou le destin de milliers de juifs abandonnés. Mais ce mélange des genres se voit appuyé par les violons et les larmes à répétitions. Afin d’attirer le public, on appelle de grandes stars : Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh, et autres guest-stars. Pas grand-chose à leur reprocher, ils sont même plutôt bons, sincères et presque touchants. Tout particulièrement Elmaleh, sobre en papa protecteur, avec son petit air intello. Fini les gesticulations ridicules de Coco et Chouchou, on se prend à le rêver dans un vrai rôle. On sent que la cinéaste n’a pas fait confiance à son sujet, qu’elle a cherché à perdre l’intimiste par de grands et bons sentiments, qu’elle s’est vue débordée dans l’envie de faire le plus bel hommage possible aux victimes. Sauf que pour cela, il y a des reportages, des commémorations, et certains films, mieux fait, plus travaillés. On pense à la liste de Schindler et à La vie est belle bien sûr. Mieux encore, il serait judicieux de se replonger dans le terrifiant, le passionnant, le poignant Shoah de Claude Lanzmann.

La Rafle, de Rose Bosch, avec Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh (Fra., 1h55, 2010)

 

La bande annonce sur Comme Au cinéma