« La population ne voit pas le prix de la politique israélienne »

Figure du pacifisme israélien et pourfendeur de la politique de son pays, le journaliste Michel Warschawski dépeint une situation ne poussant guère à l’optimisme.

Typo : Existe-t-il aujourd’hui en Israël un mouvement pacifiste bien implanté ?

 

 Michel Warschawski: "Pourquoi la population israélienne réagirait alors que tout se passe bien pour elle?"
Michel Warschawski: « Pourquoi la population israélienne réagirait alors que tout se passe bien pour elle? »

Michel Warschawski : Dans les années 80 et 90, les idées pacifistes se sont répandues sur le pays, concrétisées par l’arrivée au pouvoir de Yitzhak Rabin. Cependant, cette vague s’est brisée en août 2000, à la suite des dires d’Ehud Barak, premier ministre de l’époque, qui, revenant de négociations à Camps David, a déclaré : « J’ai fait les offres les plus généreuses à Yasser Arafat mais il a tout rejeté. J’ai compris la volonté des Palestiniens, ils veulent jeter tous les Juifs à la mer. »  Ces propos farfelus ont été reçus cinq sur cinq par l’opinion publique et le mouvement de paix s’est évanoui dans la foulée. Dix ans après, il ne s’en est toujours pas remis.

 

T. : Les Israéliens ont-ils conscience de ce qui se passe de l’autre côté du mur de séparation ?

 

M.W. : Tant que la situation ne se dégrade pas, la population ne veut pas entendre parler de ce qui se passe de l’autre côté du mur. Aujourd’hui, la situation économique en Israël est très bonne. Par ailleurs, il n’y a plus d’attentats ni de guerre coûteuse en vies humaines. La population ne voit donc pas le prix de la politique coloniale israélienne. Pourquoi réagirait-elle alors que tout semble aller bien pour elle ?

T. : Y a-t-il une porte de sortie ?

 

M.W. : S’il y a une solution, elle passe par Washington ou en tout cas par la pression de l’opinion internationale. En 60 ans d’histoire, Israël n’a jamais fait quoique ce soit sans y avoir été obligé. D’où l’intérêt de militer, comme l’ont fait ceux de la Flottille de la Liberté. Je crois à ces petites initiatives : si chacun apporte son gramme dans la balance peut-être qu’un jour le rapport des forces changera…

 

Propos recueillis par Jean Saillard