La pêche… leur ancestral métier

Pendant des siècles, les natifs des sept îles de Mumbai, les Kolis, vivaient de la pêche et de l’exploitation du riz. Ils ont survécu aux envahisseurs portugais et anglais. Ils continuent à vivre dans la mégalopole et à exercer leur métier ancestral. Les « Koliwada », les quartiers du peuple Koli, et les villages de pêcheur se trouvent partout. Reportage dans un village de pêcheurs qui jouxte, Cuff Parade, le quartier des riches, dans le Sud de Mumbai.

Un adolescent partage le tache familialeC’est presque 8h. Ce sont des moments anxieux pour Laxmi Dhanur, 35 ans, vêtue d’un sari aux couleurs vives. Assise sur un flotteur au débarcadère, elle regarde la mer, ses yeux fixés sur l’horizon. D’autres Kolis, les hommes et les femmes, eux aussi, guettent le retour de pécheurs, leurs proches, leurs voisins. « Mon mari, Harishewar Dhanur, est parti à 4h du matin sur son bateau. Il y a dix jours, il est rentré les mains vides. Le diesel coûte, 200 roupies, soit 3 euros, pour aller à la pêche en mer à 10 kilomètres d’ici. C’est cher pour rien ramener », raconte cette poissonnière aux fleurs blanches dans ses cheveux.

Pret à emmener les sardines au marché de grosBientôt, son mari et son équipe composée de cinq Kolis rentrent, balançant sur leur épaule leurs filets frétillants de poissons. Aujourd’hui, ils ont ramené des sardines. Le démêlage des poissons du filet est une affaire collective : toute la famille et leurs proches assis à même le sol ou debout décrochent les poissons de filet à la main, un par un, et les entassent dans des paniers. Puis, six caisses débordantes de sardine sont embarquées sur un char à main et sont transportées au marché de gros au chantier naval, Sassoon Dock, à un kilomètre d’ici. Là, c’est Laxmi qui les marchande aux enchères. « Pour un bac, c’est 300-500 roupies (environ 5-9 euros) », précise père à la retraite de Harishwar.

Pendant les vacances d’été, ses enfants, ses neveux, ses nièces participent à cette activité sur le débarcadère et les trois générations partagent la tâche. « Ils doivent apprendre le métier de pêcheur. S’ils n’ont pas d’autre travail, ils peuvent ainsi survivre », s’exclame le pécheur Harishewar, 47 ans, ex-ouvrier illettré qui a repris le travail de son père, voilà huit ans. « C’est mon job d’été, plaisante son fils aîné Umesh, étudiant en commerce à l’université, en démêlant des poissons. Mais, pas de question de rémunération. C’est le business familial. »

Aujourd’hui, Hareshwar et ses cinq frères, propriétaires de deux bateaux, ont bien réussi à amener des poissons. « C’est un métier aléatoire. On ne sait jamais : les poissons dans la mer, le prix. Si j’amenais plein de poissons comme aujourd’hui, j’aurais un appartement dans ces immeubles », rigole-t-il avec un sourire, indiquant avec son regard le voisinage riche.