La nuit tombe…

La nuit tombe... Écrite et mise en scène par Guillaume Vincent, La nuit tombe… nous apparait comme une pièce «diversifiée». Alliant rêve et réalité, cinéma et théâtre, les fantasmes et le refoulé… elle fut la révélation du dernier Festival d’Avignon. Ils ont été nombreux, lycéens et amateurs à se déplacer pour les deux représentations programmées à l’Espace des Arts de Chalon, les 10 et 11 octobre dernier.

Devant nous, une scène au décor aussi imposant qu’inquiétant. Une chambre d’hôtel vétuste, au centre, une immense fenêtre bordée de rideaux de velours. À droite, la porte de la salle de bain, une télévision et à gauche, un lit poussiéreux et enfin, la porte d’entrée. Dès le début, nous sommes plongés dans une atmosphère inquiétante. Une mère rentre, c’est Susann, son enfant sous le bras. Les bras encombrés de paquets, son esprit tout aussi encombré du à l’attente d’un coup de fil important. Susann est agitée elle alterne l’allemand et l’anglais, l’anglais et le français… Les évènements s’enchaineront et sans transition, d’autres personnages, d’autres vies se suivront et pendant ce temps l’étrange cruauté rôdera. C’est un lieu commun à des histoires étrangères. Inspiré par le cinéma d’horreur et les techniques cinématographiques en général , tout est réuni pour nous effrayer.

La nuit tombe cr_dit E. Carecchio 4Dehors, le tonnerre gronde, la télévision s’allume toute seule, l’enfant de Susann est enfermé dans la salle de bain inondée et il va se noyer, l’eau coule sous les portes, dévale les escaliers, on parle de guerre, trop de bruit, les gens deviennent fous ou le sont déjà, un homme est pendu dans la salle de bain. Et nous, face à ce décor horrifiant, nous nous accrochons aux personnages, derniers remparts de ce chaos.

Et quels personnages! Les histoires sont liées, et, déplacées dans la chronologie, perdent le spectateur. Seule évidence dans l’abstrait ; la mort survole les scènes.

Nous voyons Susann, plusieurs scènes après, enceinte. Seuls nous, savons qu’elle va perdre son enfant. Wolfgang, le jeune metteur en scène, après avoir vu son passé morbide, son enfance serrée entre la mort de son frère et la douce folie de sa mère, nous terminons le spectacle en l’écoutant nous confier que c’est lui l’homme pendu dans la salle de bain.

Pauline et Émilie deux demi-soeurs réunies pour le re-re-mariage de leur père vont être obligées de se partager la chambre et l’une d’elles semble être intriguée par le mythe qu’abrite cet hôtel; une source miraculeuse alimenterait l’hôtel, construit à deux pas de la falaise des suicidés. Nous comprenons qu’elle va se donner la mort, une mort voulue quand elle parlera à un ange.

Il n’y a jamais vraiment de repos pour le spectateur, l’ambiance oppressante s’accroche tout au long de la pièce. Seuls quelques clins d’oeil comme le masque de DSK nous sortent de l’angoisse et nous ramènent un peu à la «réalité».