La maison des réfugiés

Plus de cinq millions de Palestiniens sont des réfugiés. Ils vivent au Liban, en Jordanie, et… en Palestine, dans des camps où manquent l’hygiène et le travail.

Beit Awa, Shirfat, Al-Qabo… Ces villages arabes font partie des quelques 300 sites détruits en 1948 par Israël. Aujourd’hui, rien n’en reste. Seuls les murs de commémoration attestent des ravages subis.

À Bethléem se trouvent deux camps de réfugiés, dont celui d’Aida. Fondé en 1951, il est symbolique de la géopolitique de Bethléem. Non seulement il est entouré d’une colonie juive et d’un camp militaire mais le « mur de la honte » traverse son jardin. Ses 5 000 réfugiés vivent dans la précarité : pauvreté, chômage, manque d’eau et peu de médicaments. De même, il n’y a qu’un seul médecin pour les deux camps de réfugiés, soit pour 7 000 personnes.

 

A gauche, Jacques Neno; à droite, Kareem Amira.
A gauche, Jacques Neno; à droite, Kareem Amira.

Les réfugiés subissent en outre la dure réalité des détenteurs du « carnet vert » palestinien. En effet, ils peuvent rarement aller à Jérusalem. « Bien que la capitale soit à moins de 10 km du camp, les réfugiés ne peuvent pas y accéder comme ils le veulent, dit Jacques Neno, de l’ONG Enfants Jeux Éducation. Un laissez-passer difficile à obtenir est nécessaire. »

 

Dans ce camp, comme dans tous les autres, ont toutefois été mis en place des centres d’animation. Celui dont Kareem est directeur a été fondé en 1968 puis détruit en 2000 par Israël avant de revoir le jour en 2003. Cet endroit propose des cours et tente de rendre active et consciente la population. Kareem précise : « Nous ne soignons pas les blessés de guerre, nous laissons cela aux médecins, mais nous prenons soin des blessés mentalement, nous nous attaquons à leurs maux invisibles aux conséquences tragiques. »

Le centre soutient également les mères de famille souvent seules, en les aidant psychologiquement et socialement. « Les femmes jouent un rôle primordial dans une situation aussi difficile que celle des réfugiés, explique Kareem Amira. Il faut les aider pour qu’elles évitent de tomber dans le cercle vicieux de la précarité. Elles doivent reprendre confiance pour construire quelque chose pour l’avenir. » Il cite fièrement l’exemple de ces mères dont les broderies sont vendues par l’association pour leur assurer un revenu de subsistance. Une salle de gymnastique est à leur disposition afin qu’elles puissent s’entretenir. Pour les enfants, des distractions ont été mises en place telles que le foot, le scoutisme ou encore des colonies de vacances.

La vuesur le mur de la honteEn ce qui concerne l’enseignement, il y a une école pour les filles et une pour les garçons. Même si les classes sont surpeuplées, le Programme Psycho-Social (PSP) suit également les enfants en difficulté afin qu’ils puissent retrouver un bon équilibre psychologique.

Le centre d’animation essaie donc de venir en aide aux réfugiés et de réparer leurs blessures morales. Même si la plus grande de ces plaies, celle de l’absence de domicile, semble condamnée à rester béante… Symbole de cette attente infinie du retour chez soi, la plus grande clé du monde trône à l’entrée du camp.

EJE, le dur combat des ONG

 

EJE, Enfants Jeux Education, est une ONG qui a été fondée en 2002 par des coordinateurs d’Enfants Réfugiés du Monde. « Cette ONG a des projets sur onze camps, dont le camp d’Aida, précise Jacques Neno, fondateur d’EJE. Elle aide les enfants à reprendre confiance et à regagner une estime d’eux-mêmes. Elle a aussi un projet de ludothèque mobile et forme des personnes d’autres ONG. » Malheureusement, elle a aujourd’hui déposé bilan à défaut de moyens.