La face cachée de la Colombie

Vendredi dernier à la Maison des Syndicats, la sociologue colombienne Luz Dary Peña Marín a exposé, deux heures durant, un fléau méconnu de la Colombie : les paramilitaires, tout aussi dangereux et sanguinaires que les FARC.

Les familles des personnes enlevées par les FARC en Colombie« De la Colombie, les Français retiennent surtout les FARC, les prises d’otage, la drogue. Or il existe un autre problème tout aussi grave : les paramilitaires. » Luz Dary Peña Marín, sociologue, enseigne aussi à l’Université Central de Bogotá. Vendredi dernier, invitée par l’association Coopération Amitié Liberté Paix Solidarité – CALIPAS International, une association berruyère qui travaille en Colombie pour l’installation d’une paix durable – et les militants du syndicat SUD, elle est venue présenter l’autre face d’un pays où « la violence est le pain de tous les jours » au risque de paraître comme une « mauvaise patriote qui n’aime pas son pays. C’est faux, mais il faut que les gens sachent la vérité. »

 

un rassemblement au nom de la paix à CaliGrande comme deux fois la France, la Colombie subit actuellement les foudres d’une rivalité entre guérilleros – les FARC*, marxistes, et les ELN**, castristes – et paramilitaires – les Aigles Noirs. Au milieu de ces querelles armées, les civils « sont fatigués de tout cela ». La population est usée par les 70 000 morts, les milliers de plaintes déposées pour disparition et par les trois millions d’exilés.

 

rassemblement pour la paix« Les paramilitaires ont une seule légitimité : lutter contre les FARC » poursuit celle qui a collaboré avec la police colombienne durant plus de 20 ans. « Ils tuent les opposants politiques de gauche, les syndicalistes, les journalistes, tous ceux qui ont manifesté des idées en accord avec celles de la guérilla. D’une pierre deux coups, ils tuent aussi leurs familles. » Les Aigles Noirs ne s’en cachent même pas : sur Internet circulent des images de corps mutilés par leurs soins, dont celui du fils d’un leader de l’Union Patriotique – parti de l’opposition, aujourd’hui disparu suite aux séries de meurtres des leaders et des militants.

Une loi pour lutter

Étudiants colombiens« Dans les années 60, l’État a favorisé la création de forces paramilitaires, pour protéger les grands propriétaires, les multinationales, des guérilleros marxistes qui souhaitaient leur mort », explique Luz Dary Peña Marín, « Mais petit à petit, ces armées sont devenues incontrôlables. Elles règnent notamment sur le trafic de drogue. Aujourd’hui, par opposition aux FARC qui se sont implantées dans la forêt amazonienne, les Aigles Noirs dominent sur toute la moitié Est du pays. »

 

le corps d'un rebelle des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)Cependant, à la tête de ce pays de 44 millions d’âmes depuis 2002, le libéral Álvaro Uribe, a amorcé un virage pour le retour au calme. La loi dite de vérité, de justice etde réparation, incite au repentir des paramilitaires, qui bénéficient d’une remise de peine s’ils disent toute la vérité et versent des indemnités aux familles des victimes. « Une loi très généreuse », estime pour sa part la conférencière, « Les gros trafiquants se sont précipités dessus. Le leader, Carlos Castaño, a avoué ses tortures et est allé aux USA, libre comme l’air. D’autres repentis n’ont pas été condamnés et touchent même une pension de l’État. » Elle clôt son propos par une diapositive : « Pourquoi la société colombienne tolère-t-elle la violence, la mafia et l’impunité ? »

*Forces Armées Révolutionnaires de Colombie

**ELN ou, en français, ALN : Armée de libération nationale