La Diagonale des Fous de A à Z

Le Grand Raid, course d’endurance extrême, attire tous les ans en octobre des milliers de champions et d’amateurs de nombreuses nations. Partis à minuit de la côte sud-est, les concurrents mettent de… 20 à 62 heures pour traverser l’île de part en part. Ils doivent pour cela monter, descendre, monter et descendre encore, franchir un volcan et des cols vertigineux, et traverser les trois cirques ! Un parcours d’environ 150 km, avec 9000 mètres de dénivelé positif ! Un défi collectif et une extraordinaire aventure.

AFP RichardBouhet - octobre 2007
AFP RichardBouhet – octobre 2007

A comme Appréhension
« Juste avant la course, il y a une montée d’adrénaline incroyable. Mais après sept participations, ça se calme un peu », relativise Yoland Maillot, facteur à Mafate.

B comme Bénévoles

Médecins, masseurs et kinés présents tout au long du parcours, Samu à disposition aux endroits stratégiques… Ils sont nombreux à œuvrer au bon déroulement de l’épreuve. « Nous avons même réussi à faire déplacer des militaires dans l’intérêt de la course », se félicite Robert Chicaud, président de la Diagonale. Sans tous ces bénévoles, pas de Grand Raid !

C comme Courage …

AFP RichardBouhet - octobre 2003« On marche plus qu’on ne galope. Il ne faut pas forcément être fort physiquement, mais avoir beaucoup de résistance et de mental. Il faut les jambes et la tête ! » soutient Yoland Maillot. « J’ai fait de l’hypoglycémie. Je n’en pouvais plus. Mais je suis une battante et les gens m’encouragaient »n, se souvient Fabiola Fénélon, participante en 2002.  Je me disais : « Allez, c’est comme une rando ! »

… et comme Chrono

AFP RichardBouhet - octobre 2007Après ces moments douloureux, pendant lesquels « on se demande ce qu’on fout là », dixit Yoland Maillot, c’est l’arrivée, sous les applaudissements des spectateurs du stade de la Redoute à St-Denis. Le temps importe peu pour les amateurs. « Je l’ai fini en 58 heures. Mais le plus important pour moi, c’était de finir », raconte une randonneuse réunionnaise croisée à Marla, dans les cirques. « Je voulais connaître mes limites », confie Fabiola Fénélon. Même si elle détaille fièrement : « J’ai terminé 32ème féminine et 500ème sur environ 2000 au général. Je ne le fais pas pour le chrono, mais je me fixe quand même un objectif : arriver avant le samedi soir » (le départ est donné à minuit dans la nuit du vendredi au samedi, NDLR).

D comme Dénivelé

Les valeureux concurrents doivent traverser le cœur de l’île pour rallier l’arrivée. Autrement dit, ce sont les cirques et leurs impardonnables sentiers qui constituent le point d’orge de cette course hors du commun. « 9 500 mètres de dénivelé positif ! » s’écrie Robert Chicaud.

E comme Entraide

AFP RichardBouhet - octobre 2007« C’est avant tout un défi collectif. » Ces mots reviennent souvent dans la bouche des concurrents amateurs. « J’ai couru avec d’autres personnes. On se donnait de l’eau », témoigne Fabiola. « Les gens s’encouragent et s’aident, confirme Yoland, le facteur. Il y a un bon esprit d’équipe. Les cent premiers, souvent sponsorisés, participent pour la compétition. Mais les autres, c’est pour le plaisir ». « L’ambiance est très bon enfant avant le départ, reprend Fabiola. C’est surtout une aventure humaine ». Les concurrents sont aidés et encouragés par les spectateurs, notamment dans les cirques : « A Marla, un monsieur m’a invité à dormir, car j’étais fatigué », se rappelle la coureuse. Yoland renchérit : « Je me repose souvent à Marla. Massages, repos et je repars ».

F comme Fous

« C’est un journaliste qui a eu l’idée géniale de parler de « Diagonale des fous » », confie Robert Chicaud. « L’épreuve porte bien son nom. Il faut être assez cinglé pour se lancer dans cette aventure ! » sourit Philippe Carrof, sept Grands Raids au compteur … « mais seulement trois de terminés. »

G comme Générations

AFP RichardBouhet - octobre 2007Elles sont toutes représentées. Pour cette édition 2009, l’âge moyen des participants est de 42 ans. Le benjamin de l’épreuve a 18 ans. Le vétéran… 78 ans !

I comme Itinéraire

Quelque 150 kilomètres, dont de nombreux sentiers. « Je les connais comme ma main, sourit Yoland. Beaucoup de métropolitains abandonnent, car ils ne connaissant pas les chemins, contrairement aux Réunionnais. Même si on est bien entraîné, si on découvre les sentiers en même temps que la course, c’est fini. »

L comme Locomotives

Jugées indispensables par le président Robert Chicaud. Les locomotives sont les plus rapides de la compétition. « Les meilleurs effectuent le parcours en 22-23 heures non-stop : ce sont des sportifs de qualité dotés d’un physique exceptionnel », témoigne Robert Chicaud. C’est le cas de Thierry Chambry, vainqueur de l’édition 2007. « Les gens nous connaissent par la suite. On est reconnu en tant que vainqueur du Grand Raid. C’est une grande fierté », lâche-t-il par téléphone.

M comme Morts

AFP RichardBouhet - octobre 2007Lors de l’édition 2002, deux compétiteurs ont trouvé la mort : un Français de 48 ans a succombé à un arrêt cardio-ventilatoire, et un Néerlandais de 38 ans a chuté 50 mètres. « Ça a été un moment terrible, très dur à surmonter. Et je crois que nous n’avons toujours pas fait notre deuil », se désole Robert Chicaud. L’une des victimes « était tout le temps dans les cinq premiers à chacun de ses Grands Raids. Et ce jour-là, il a craqué, il aurait dû arrêter », juge Yoland Maillot. « Depuis ce drame, les gens s’entraînent davantage, et il y a une meilleure surveillance au niveau des certificats médicaux », observe-t-il.

N comme Nature

Habituellement, la Diagonale des Fous empreinte chacun des trois cirques. « Mais celui de Salazie a souvent été délaissé, rétorque Robert Chicaud. Le Parc national ne nous a pas autorisés à le traverser cette année pour protéger le tuit-tuit, un oiseau en voie de disparition. » Par respect pour la nature, le nombre de concurrents est limité par le fameux tirage au sort.  « Il pourrait y avoir 4000 personnes sur le Grand Raid. Mais nous ne voulons pas être submergés par cet enthousiasme », tempère Robert Chicaud. 

P comme Préparation physique

AFP RichardBouhet - octobre 2007AFP RichardBouhet - octobre 2004Au-delà de la dépense économique (115 euros l’inscription), comptez surtout une dépense énergétique. « Le Grand Raid nécessite une pratique antérieure de la course de montagne, prévient Robert Chicaud, index levé. L’année dernière, il y a eu 30 à 40 % d’abandon, c’est trop. » Message reçu pour Fabiola : « Je me suis entraînée à fond pendant un an avec l’association Promo Run. Une fois toutes les trois semaines, trois à quatre bus pleins à craquer nous emmènent pour courir une partie de la grande course. N’importe qui pouvait venir, les amateurs comme les champions. Ça crée des liens. Des femmes qui l’avaient déjà parcouru plusieurs fois me donnaient des conseils : comment bien s’étirer, manger beaucoup de fruits et légumes. Le Grand Raid, c’est une grande famille ». « Un dimanche sur deux, je cours 70 kilomètres, en six à sept heures », livre Yoland, entraîné par ailleurs par son métier de facteur dans les cirques (voir page ??). « Ça ne sert à rien de sortir pour courir dix kilomètres, argumente-t-il.  Il faut, tous les mois ou tous les quinze jours, organiser des sorties de 60-70 kilomètres. C’est comme cela que l’on gagne de la résistance et de l’endurance. Un Grand Raid, ça se prépare six mois à l’avance. » La préparation s’avère néanmoins difficile. Fabiola s’en lamente : « Ça demande énormément de sacrifices. Je n’ai pas pu retenter un deuxième Grand Raid pour cette raison, d’autant plus que je suis mère de famille et que mon travail est très prenant ». « Il faut trouver une bonne organisation entre la famille, le travail et la course », souffle Thierry Chambry, quatre Grands Raids dans la musette.

S comme Sécurité

Les mesures de sécurité ? Drastiques. « Il y a deux points de secours importants, à Cilaos et Deux-Bras, et une vingtaine de médecins à chaque poste qui délaissent leur cabinet pendant deux à trois jours », se réjouit Robert Chicaud. À chaque ravitaillement, l’un d’eux contrôle le pouls et oblige le concurrent à s’arrêter s’il bat trop rapidement. Yoland poursuit : « On part avec un kit – lampe frontale, piles, couverture de survie et nourriture – sinon, interdit de départ. »

T comme Tirage au sort

AFP RichardBouhet - octobre 2007Chaque année, et ce depuis seize ans, à la fin du mois d’octobre, près de 2500 « fous » se rassemblent pour participer à l’événement. « Nous recevons énormément de demandes. Beaucoup de Réunionnais, mais de nombreux métropolitains et près de 1000 étrangers. Les inscriptions sont closes cinq mois avant le départ de la course », détaille Robert Chicaud. Alors, il y a un tirage au sort, pour les locaux. L’année dernière, sur 2500 inscrits, 1500 ont été retenus.

Z comme Zoreilles

Eux aussi sont nombreux à venir se frotter à la course. Souvent exténués et découragés, mais toujours avec le désir de revenir…

Comme indiqué, les photos sont de Richard Bouet de l’AFP