la bourse et la vie*

L’économie libérale dénoncée par Oliver Stone acte 2. Toujours avec Michael Douglas et toujours avec un manque criant d’inspiration artistique.

On appellera pas ça un cinéma subtil. Oliver Stone, en dépit d’une filmographie qui fait blêmir nombre de fans, n’a jamais été un auteur des plus malicieux. Souvent aime t-il les grands sujets, le grandiloquent. Ça réussit parfois comme dans Platoon et surtout son meilleur film l’Enfer du dimanche. Mais trop souvent, ça vire à l’écrasante litanie américaine, souvent bien pensante, par moment vaines. Alexandre constituant sans nul doute le bas fond de son cinéma. 23 ans après le premier Wall Street, Michael Douglas reprend son rôle de Gordon Gekko. Sorti de prison, il se présente comme un homme changé, raille les attitudes suicidaires des spéculateurs. Wall Street : l’argent ne dort jamais est né. 

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Wall Street : l’argent ne dort jamais, de Oliver Stone, avec Shia LeBeouf, Michael Douglas, Carey Mulligan (U.S.A., 2h11, 2010) – sortie  le 28 septembre

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[Note:1]

Oliver Stone profite bien sûr de la crise économique mondiale pour revenir aux sources de ce désastre. Autant le dire tout de suite, bien plus que dans Wall Street premier du nom, cet épisode inonde le spectateur de pensées économiques absconses et de mise en scène tourbillonnante au sein de la bourse new-yorkaise. Quiconque ne comprend pas les rouages de l’économie moderne risque bien de s’égarer. Et puisque Stone aime être lourdingue, il cherche à faire passer la pilule avec un déluge d’effets tape-à l’œil. Rien de bien artistique pourtant, mais il tente la division de l’écran façon Alias, il utilise quelques souvenirs en flashbacks de manière grossière. Il y a bien quelques idées amusantes, comme le jeu de courbes de la bourse prenant la forme des buildings.

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Les bons comptes font les bonnes familles

La faute surtout à une chronique familiale engoncée dans la grande histoire. A savoir le jeune Jacob Moore (Shia LaBeouf), trader dynamique et idéaliste prêt de se marier avec la fille du célèbre Gordon Gekko. Ce dernier qui réapparait comme par miracle et qui va conseiller le gamin sur son boulot. L’histoire de départ est aussi crédible que la crise économique pour les experts pro-libéraux avant qu’elle ne leur pète à la tronche. On subit un bric-à-brac de vénales personnes coupées des réalités du monde. Les personnalités décrites par le cinéaste sont presque toutes sans foi ni loi. Leur seul intérêt étant le profit. Si Josh Brolin prouve encore que c’est un comédien génial, il représente ici ce type de rôle balourd, cadenassé par un script au pessimisme lattant.

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Là où le film vise juste, c’est dans cette incapacité à reprendre sainement des activités. Les réceptions bourgeoises et tape-à-l’œil en rendent compte. Les spéculations et les rivalités d’égos gangrènent une économie au visage déshumanisé. Était-il utile d’en rajouter ? A quoi bon mettre un Saturne dévorant ses enfants de Goya en métaphore ? A quoi bon chercher à concentrer tous les archétypes plus ou moins sympathiques avec le trio familial au centre de tout ? Wall Street 2 tombe dans le même esprit bling-bling qu’il décrit. Les seuls moments un poil captivant se résument aux rivalités d’égos et du dollar (lors d’une course de moto ou lors d’un conseil d’administration). Oliver Stone échoue dans l’émotion, trop artificielle. Dernier écueil : la durée. Plus de deux heures dont une dernière demi-heure superficielle, rongé par les bons sentiments et la morale pédagogique, c’est trop. Le cinéaste veut nous montrer qu’il faut garder fois en la vie. On résume : pas très simple à saisir, pas émouvant, pas d’attachement, psychologie bâclée, décidément l’économie nous assomme jusque dans les salles obscures.

Wall Street : l’argent ne dort jamais, de Oliver Stone, avec Shia LeBeouf, Michael Douglas, Carey Mulligan (U.S.A., 2h11, 2010)

Sortie le 28 septembre

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