L’horreur de la gare Victoria

Dans le hall d’attente de la gare Victoria, face au nouveau fast-food et restaurant Re-Fresh, plus de cinquante voyageurs ont péri lors de l’attaque terroriste de 3 jours sur la ville de Mumbai fin novembre dernier. Les employés du restaurant et un employé de la gare témoignent…

Le café-restaurant en face de quais. Les deux cassiers sont entre les deux fast-food. Le restaurant est au premier étage. Dans ce halle attendent les passagers.Les deux terroristes ont pénétré sans se faire remarquer dans Chhatrapati Shivaji Terminus (CST) ou gare Victoria la plus grande et la plus fréquentée des gares de Bombay, gare à deux kilomètres du Taj Mahal hôtel. Au contraire de la richissime clientèle du Taj, ici ce sont des petites gens, immigrés, familles, employés, touristes, qui attendent par terre, avec leur ballot, leur sac, le départ de leur train. En face du hall d’attente, pour les employées de la société de restauration Re-Fresh, ouverte le 1er octobre dernier, le 26 novembre est un jour comme les autres. Mais soudain vers 21 h 45 tout bascule lors des attaques terroristes de Bombay. Le bilan de cet acte meurtrier sans précédent est sur l’ensemble de la gare de 59 morts et 95 blessés. Un guichetier de la gare et les employés du fast-food Re-Fresh se livrent sur ce soir cauchemardesque.

Les employés dans la mire des fusils AK 47

Shailesh singh, cassier qui était à son poste à l'heure de l'attaque. Le trou de balle témoigne l'acte terroriste le 26 novembre à la gare CST.Ce jour-là, Shailesh Singh, 25 ans, mince, était derrière le guichet, et son patron Mukesh Agarwal travaillait à ses côtés juste avant de rentrer chez lui. Le guichetier confie : « Soudain, j’ai entendu une grande explosion, et la porte en verre de notre bureau s’est brisée. Puis, un coup de feu. Une balle est passée près de moi. Affolé, je me suis tout de suite caché sous l’escalier derrière un frigo. Mais mon patron blessé de deux balles était par terre. La violence a duré 20-25 minutes. J’ai quitté la gare après une heure. » Quant à M. Agarwal, il est parti tout seul dans la direction de l’hôpital St Georges à proximité. « Actuellement, il se rétablit chez lui », continue le jeune Shailesh.

Salman Ali, serveur de 25 ans, était à son poste derrière le comptoir de fast-food Re-Fresh qui donne sur la gare. Après les tirs de balles, il a vu : « les deux terroristes, avec leur fusil, qui s’avançaient en direction des quais. L’un était en face de moi. » Comme beaucoup d’autres employés, « je me suis dissimulé derrière les comptoirs. » En fin, encore effrayé « nous avons tous fui ».

La tuerie se déroulait sous leurs yeux

Sur ce comptoir trois trous de balles racontent l'histoire du 26 novembre.Hall d'attente vu du premier étage du café Re-Fresh. Cette nuit-là des passagers s'asseyaient ou s'endormaient par terre quand ils ont été abbatus.Le gérant du café-restaurant au premier étage dans le hall de la gare, Fongen Fernandes, moustachu de 53 ans, raconte : « A cette heure-là, il y avait 4 ou 6 clients dans le café. Je parlais avec l’un entre d’eux, tout d’un coup j’ai entendu un bruit comme celui de pétards. Mais c’étaient des coups de feu. Les clients et la  plupart d’employés se sont aplatis sur le plancher. Une cliente tremblait et faisait sa prière. Nous avons eu peur, mais de temps en temps nous regardions à travers de la vitre ce qui se passait. Je pense que l’un de terroristes m’a aperçu parce que tout de suite il a tiré sur moi. J’ai plongé dans le couloir. À cet instant, nous avons immédiatement éteint la lumière. Nous avons marché à quatre pattes et sommes mis à l’abri derrière le bain-marie, dans la cuisine. »

Riyaz Khan, 32 ans, employé du café en uniforme, pantalon noir et chemise blanche, se confie : « J’ai entendu une explosion à 30 mètres d’ici. Lorsque j’ai jeté un coup d’œil par la vitre, J’ai remarqué deux hommes, dont l’un sera identifié comme le Pakistanais Ajmal Amir Casab. En face du café, à 30 mètres d’ici ils tiraient sans pitié sur tous les hommes, les femmes, les enfants qui attendaient leur train dans le hall en contrebas. Tous commençaient à courir dans tous les sens pour se cacher vers des toilettes, dans la salle d’envoi des gros colis. Quand tout s’est arrêté, des gens sont revenus de leur cachette. Nous avons tous chargé une centaine de blessés et de morts sur les charrettes à bras et les avons emmenés à l’hôpital St Georges à deux pas d’ici. Il n’y avait guère de la place dans la salle d’urgence pour déposer les morts, les blessés. La police et les médias sont ensuite venus. »

Ce jour-là, « La gare rassemblait un abattoir », résume M. Fernandes.

Chasse poursuite meurtrière de ces deux terroristes

Après cette tuerie, les terroristes sont passés dans l’autre partie de la gare, celle des trains locaux. Poursuivis par les agents de police, ils se sont enfuis à pied dans les rues. Ils ont encore tué des Indiens dans l’hôpital Cama, se sont emparés d’un fourgon de police en assassinat trois hauts responsables et deux agents de la police. Ils ont ensuite extirpé un couple de sa voiture. En roulant sur Marine Drive, le long de la mer, avec celle-ci, ils ont été stoppés par la police qui les attendait près de la plage Chaupati, à quatre kilomètres de l’hôtel Trident-Oberoi. L’un est mort, l’autre le pakistanais Ajmal Amir Casab est sous les verrous.