L’armée veut du sang neuf

L’armée a depuis quelques années perdu son image secrète et inaccessible. Elle s’ouvre et veut montrer un nouveau visage, plus accueillant, en particulier aux jeunes, le recrutement étant un de ses grands soucis.

Terre…engagez-vous…!

Au Salon de l’Éducation, l’armée occupe un stand important qui draine beaucoup de jeunes, intéressés par la carrière militaire ou tout simplement par le prestige de l’uniforme. Pas seulement des garçons d’ailleurs. En effet, depuis que l’armée s’est ouverte aux filles par décret présidentiel, le taux de femmes dans l’armée ne cesse d’augmenter.
Le fait que l’armée propose un panel de 400 métiers différents, du banquier au chauffagiste en passant par l’artisan, et donc pas seulement celui de combattant, est un facteur essentiel de cet engouement. L’armée se veut un reflet de la société civile.  » Mais il faut garder en tête que nous sommes avant tout engagés comme militaires. La spécialisation se fait après « , précise le capitaine Frein. Cependant le rôle de soutien des familles des combattants et des combattants eux-mêmes est de plus en plus important. D’ailleurs, le capitaine ajoute que l’armée est plus une force de dissuasion, donc de maintien de la paix, qu’une force de frappe durant les guerres.
Ce élargissement des fonctions au sein de l’armée s’accompagne d’une ouverture d’esprit qui permet un meilleur rapport avec les jeunes, sans toutefois trop relâcher la discipline. Beaucoup de jeunes désoeuvrés, qui cherchent à donner un sens à leur vie, deviennent militaires, car ils trouvent dans l’armée un substitut à l’école, à leurs parents…  » Ils ressentent un besoin d’encadrement  » pense le capitaine.
Le recrutement marche bien, l’armée va bien. Mais il reste un détail qui chiffonne le capitaine Frein : la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD). D’après lui, alors que le service militaire permettait un véritable repérage au sein de la population masculine (au niveau de la santé, de l’éducation…) la JAPD ne permet, selon le capitaine, que d’inculquer que quelques règles civiques de base. En plus, elle est effectuée par des cadres qui manquent d’expérience sur le terrain.
Mais cela ne semble pas nuire à la réputation de passeport pour l’aventure attachée à l’armée. Pour l’instant, son principal pôle d’action est l’ex-Yougoslavie, mais un militaire peut tout aussi bien être envoyé à Nouméa pour un an. Cet aspect participe indubitablement à l’attrait qu’exerce la carrière militaire sur les jeunes. Mais l’habit ne fait pas le soldat, et entrer dans l’armée n’est pas si simple. Il faut être au moins titulaire d’un CAP, d’un BEP ou du bac, puis suivre de un à trente-six mois de stages et spécialisation, selon le niveau d’études antérieures, avant de devenir vraiment combattant ou chef de groupe. Et c’est pire si vous espérez monter un temps soi peu dans les grades élevés, comme capitaine par exemple, le passage de diplôme étant obligatoire. Bon courage !

NDLR : Précisons que l’armée ne fait pas rêver tout le monde, et en particulier pas les quelques milliers de jeunes gens qui, nés avant le 1er janvier 79, restent soumis au service national. Ceux qui jugent inacceptable la persistance de cette contrainte devenue inégalitaire se sont regroupés au sein du collectif  » Les Sans nous  » – www.sansnous.org