L’ananas Victoria… loin d’être victorieux.

La production d’ananas n’est pas au meilleur de sa forme à la Réunion. L’île souffre de la rude concurrence d’autres exportateurs.

Comment s’appelle l’arbre sur lequel pousse l’ananas ? L’ananassier ? Perdu. Ce fruit pousse au sol, au creux d’une plante qui porte le même nom. Et ces champs d’ananas, d’un vert-bleu magnifique, jonchent le sol réunionnais sur plus de 200 hectares notamment dans le sud de l’île. Depuis 2006, l’ananas de la Réunion a obtenu le Label Rouge. Un moyen d’exporter plus de fruits. Cependant, l’île souffre d’une concurrence énorme. La Réunion est loin de faire partie du top 10 des meilleurs exportateurs. Sur 6000 tonnes d’ananas cultivées chaque année (un chiffre tout à fait raisonnable par rapport à la superficie de l’île) seulement 1200 tonnes sont exportées à l’étranger et en métropole grâce au Label Rouge. Le leader est la Thaïlande avec 1,7 million de tonnes par an. « Notre ananas Victoria n’est pas encore reconnu à l’étranger », confie Karl Mascarel, producteur et président de la Coop Ananas Réunion.

« Difficile pour une petite île comme la nôtre en plein milieu de l’océan Indien de rivaliser avec des pays comme la Chine, le Brésil où encore l’Inde qui comme la Thaïlande exportent plus de 1,5 million de tonnes de fruits par an », continue le président. Si le marché vers l’international souffre, les Réunionnais ne se lassent pas de leur ananas. Les plus petits agriculteurs se contentent de vendre leurs productions sur le marché local entre 0,70 € et 1 € pièce et entre 0,40 € et 0,50 € pour les commerçants. Mais d’une manière générale, c’est la demande locale qui maintient la production du Victoria.

« Cultiver l’ananas est loin d’être facile », confie Cécile Payet, agricultrice au Tampon.  Pour un champ entier, depuis la plantation jusqu’au moment de la vente ou de l’exportation – chez les plus gros producteurs – il faut compter entre quatorze et dix-huit mois de travail.

La récolte elle-même a lieu plus d’un an après la mise en terre. Ensuite, une fois l’ananas cueilli, il faut arracher toutes les boutures pour recommencer. Soit un seul cycle par an. « Et en plus, chaque ananas est ramassé à la main à l’aide d’un simple couteau », continue Cécile. Pour se faire aider, le couple d’agriculteurs emploie chaque année une petite dizaine de personnes.

Esteban Lopez