Jérusalem, cité déchirée

Revendiquée par tous les camps, Jérusalem symbolise le conflit israélo-palestinien. L’Etat juif refuse de laisser les non-Israéliens vivre normalement dans la cité et ces derniers refusent d’abandonner les lieux.

 

Le dôme du Rocher
Le dôme du Rocher

À travers la vitre du bus, le paysage défile : le check-point de Bethléem, la ville moderne et ses gratte-ciel, l’arrivée sur la vieille ville et ses hauts remparts, la porte de Damas qui montre les souks remplis de touristes, les différents lieux saints… Que de variété dans cette ville ! Comment toutes ces civilisations, ces religions, ces différences peuvent-elles s’associer ?

Dans les faits, la cohabitation est assez difficile. Ville plurielle, Jérusalem est revendiquée par les uns et les autres. Dès 1949, Israël a proclamé Jérusalem sa « capitale éternelle ». L’Etat juif, par ses colonies, par sa politique de construction du mur visant à isoler Jérusalem de la Cisjordanie, tente chaque jour de s’étendre pour, à terme, dominer l’ensemble de la ville. Ainsi, au cœur de la ville, de l’autre côté de la ligne de tramway flambant neuve, le mur avec ses huit mètres de haut de béton apparaît. Il sépare une colonie juive d’un camp de réfugiés. Car malgré les avertissements de la communauté internationale, l’implantation de nouvelles colonies à Jérusalem a été annoncée en mars dernier par Benjamin Netanyahou.

Mur des lamentations
Mur des lamentations

Ramzi Salsa, guide touristique en terre sainte et natif de la région de Bethleem, reconnaît la responsabilité palestinienne dans la construction du « mur de la honte », notamment à cause des attentats. « Mais le problème avec ce mur, c’est qu’il n’est pas situé sur la frontière mais sur le territoire palestinien, poursuit-il. Ainsi, certains habitants palestiniens ne peuvent plus aller sur leurs terrains, ce qui les pousse encore un peu plus dans la misère. »

Afin d’illustrer la volonté d’Israël de chasser le peuple palestinien résidant dans la ville, Monseigneur Manuel Musallam témoigne : « Ils ne respectent pas les racines, le passé : ils veulent tout changer, même le nom : Yerushalem. » 

Actuellement, pour les Palestiniens vivant dans la cité, rester est presque une mission impossible. Le village arabe de Nefta dans l’agglomération de Jérusalem a par exemple été vidé de ses habitants pour permettre la construction d’une « deux fois deux voies » moderne. Les 530 villageois ont été chassés par la force ou par la peur de la guerre, devenant des réfugiés. Et il y a aussi ces 80 maisons palestiniennes qui sont menacées de destruction pour être remplacées par un parc de recueillement sur les textes de la bible…

De plus, les autorisations de construire sont systématiquement refusées aux non-Israéliens. Résultat : ces derniers construisent sans permis des maisons que la municipalité finit par détruire, quand elle ne procède pas tout simplement à des expulsions. Abu Youssef est un palestinien qui a été expulsé, il témoigne : « Pour les Juifs, la religion c’est la nationalité, ce sont des gens racistes d’une manière religieuse. Comment l’Europe peut-elle accepter ce racisme moderne ? »

Ramzi Salsaa résume : « On souffre dans sa vie quotidienne, on a perdu sa maison, on ne peut pas rejoindre son terrain à cause du mur. C’est ça la souffrance d’aujourd’hui. On peut dire que les Palestiniens vivent un chemin de croix.»

Un panneau à HébronDe son côté, Haran Khaten, secrétaire général de la commission islamico-chrétienne pour supporter Jérusalem, annonce sans ambages : « Nous, chrétiens et musulmans, savons très bien que cette ville est palestinienne. » Le peuple palestinien souhaiterait en faire la capitale d’un futur état palestinien. Bien sûr, Israël refuse et accentue son occupation sur la ville. Haran Khaten persiste : « Nous, Palestiniens, nous continuerons à nous battre, même quand il n’y aura plus d’espoir ! »

Dans ce tableau bien sombre, des rayons de lumières émergent toutefois. Ainsi, des Israéliens soutiennent les Palestiniens en difficultés et empêchent parfois la destruction de maisons. Des manifestations sont organisées chaque vendredi à Bil’in. Ces pressions venant de l’intérieur s’ajoutent aux pressions extérieures qui cherchent à pousser Israël à arrêter son expansion pour parvenir à de réelles discussions de paix. Comme le dit Manuel Musallam : « Jérusalem sera la clef de la paix.»

Au carrefour des religions

 

Sacrée pour les juifs, pour les chrétiens et pour les musulmans, Jérusalem concentre lieux saints et enjeux politiques.

 

Selon la tradition juive, Jérusalem est la capitale du royaume de David. C’est la ville du « mur occidental », appelé aussi « mur des Lamentations ». Ce mur est un vestige du temple d’Hérode, temple du peuple juif  et lieu de prières. Des prières dans lesquelles on bénit la construction de la ville et où l’on appelle à y retourner en pèlerinage.

Pour les chrétiens, Jérusalem est la ville où Jésus-Christ, le messie de cette religion, a été crucifié puis est ressuscité. Dans la vieille ville, l’église du Saint Sépulcre constitue un lieu où les chrétiens du monde entier viennent se recueillir. Ce lien avec les chrétiens a été entretenu pendant le Moyen-âge avec les différentes campagnes de croisades.

Pour les musulmans, Jérusalem, et plus précisément la mosquée d’Al-Aqsa, est le troisième lieu saint après La Mecque et Médine. Sur l’esplanade des mosquées, le prophète de l’islam Mahomet serait monté au ciel. Cet épisode s’appelle le voyage nocturne. De plus, Jérusalem est le lieu où les musulmans doivent se réunir le jour du jugement dernier. 

C’est cette présence de lieux saints pour les trois principales religions monothéistes qui fait de Jérusalem une ville considérée comme « trois fois sainte ».