Jamila Hassoune, libraire en liberté

Sur son site internet, Jamila Hassoune se présente comme libraire marocaine, activiste sociale et consultante interculturelle. Convaincue que la lecture favorise le développement, elle a initié la caravane du livre afin que les villages du Haut Atlas et du sud du pays puissent accéder à une bibliothèque itinérante.

la librairie Hassoune, située dans le quartier de l’Université de Marrakech, ne marche pas fort...avec seulement 50 % d’alphabétisation au MarocJamila Hassoune, la quarantaine et les cheveux courts, est libraire marocaine. Aînée de six enfants, elle est la fille d’un instituteur de Marrakech. Dynamique, elle cumule les activités, toutes liées à sa passion, la lecture : « Je suis convaincue que la lecture est à la base de tout développement, aussi bien de la personnalité que de toute la société. »

Et pourtant, de son propre aveu, la librairie Hassoune, située dans le quartier de l’Université de Marrakech, ne marche pas fort. Avec seulement 50 % d’alphabétisation au Maroc selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), libraire est un métier difficile. Jamila a tout de même réussi à transformer la librairie en espace culturel en organisant régulièrement depuis 1996 des rencontres avec des écrivains. Fondatrice du club du livre et de lecture de la ville en 1995, elle est également membre du jury des nouvelles noires à Marrakech. Elle ne peut s’empêcher de faire découvrir ses dernières trouvailles : « Je viens de terminer “Marrakech : Secrets affichés”, écrit par les deux poètes Yassin Adnan et Saad Sarhan. C’est super. Et aussi “Le bonheur des moineaux” de Mohamed Nedali… »

 La caravane du livre

La librairie familiale est installée à Marrakech, mais son rayon d’action est bien plus vaste. Tout d’abord, ce sont les villages ruraux du Haut Atlas environnant où Jamila Hassoune et la caravane du livre partent à la rencontre des élèves, afin qu’ils puissent découvrir la richesse de l’écrit et faire connaissance avec les auteurs.

« Je n’ai aucun attachement pour aucune ville. Je suis citoyenne du monde, marocaine mais pas marrakchie. Je ne m'attarde pas, je suis libre dans ma tête. » C’est heureux vu que Jamila Hassoune voyage une bonne partie de l’année pour donner des conférences
« Je n’ai aucun attachement pour aucune ville. Je suis citoyenne du monde, marocaine mais pas marrakchie. Je ne m’attarde pas, je suis libre dans ma tête. » C’est heureux vu que Jamila Hassoune voyage une bonne partie de l’année pour donner des conférences

L’idée de la caravane du livre, qu’elle a initiée, a débuté avec une question : « Comment développer l’esprit critique de cette jeune génération, son esprit d’analyse afin de les protéger contre toutes les formes de manipulation ? » Les livres ont soufflé la réponse à Jamila Hassoune. Depuis, la caravane touche deux ou trois villages et plusieurs centaines d’élèves par an.

 Citoyenne du monde

Quand on lui demande de décrire ce à quoi elle est attachée à Marrakech, la réponse fuse : « Je n’ai aucun attachement pour aucune ville. Je suis citoyenne du monde, marocaine mais pas marrakchie. Je ne m’attarde pas, je suis libre dans ma tête. » C’est heureux vu que Jamila Hassoune voyage une bonne partie de l’année pour donner des conférences. L’Italie en juillet, la Suisse en septembre et bien d’autres destinations dans l’année. C’est une question d’organisation, assure-t-elle : « Fin juillet, je fais le planning de toute l’année. Et pour la librairie, on s’arrange. » Toutes ses interventions touchent à la démocratisation de l’accès au savoir, avec des thèmes comme les jeunes et l’accès au savoir, l’internet et les jeunes dans le monde arabe, les femmes et les livres…

Sa plus grande préoccupation pour l’avenir du Maroc c’est l’alphabétisation, directement liée au développement des milieux ruraux : « L’analphabétisme, important au Maroc, bloque l’avancement rapide de la société. De plus, la stratégie de développement rural a été trop tardive. À cause de l’absence d’école à proximité des villages, beaucoup de filles n’y vont pas ou s’arrêtent en primaire ».

Jamila regrette également que les gens scolarisés ne lisent pas plus. Elle y voit plusieurs raisons parmi lesquelles l’absence de bibliothèque et l’école qui ne joue pas son rôle : « Dans les années 60, l’école encourageait la lecture, ce n’est plus le cas. Nous avons besoin de redéfinir une politique pour l’éducation. »

La condition de la femme lui tient aussi à cœur. Sur ce sujet, elle constate des progrès, mais beaucoup à faire : « Le Maroc est bien placé par rapport à la Tunisie, par exemple. La femme va de plus en plus à l’école et commence à avoir accès à certains postes intéressants. Mais il y a encore besoin d’un changement des mentalités qui, comme partout dans le monde, restent masculines. » Un paradoxe, affirme-t-elle, quand « dans le pays, il y a beaucoup de femmes qui sont cheftaines de famille ! »

Lire aussi l’article sur la caravane du livre :

La caravane du livre


http://www.jamila-hassoune.ma/