Ita Abdellaoui, une femme ouléma

Touchée par un miracle, cette femme pieuse, d’une quarantaine d’années, cheveux cendrés tirés en arrière, vêtue d’une djellaba grise est devenue une savante de l’Islam. Elle peut, ainsi, rendre avec le Conseil des Oulémas des  fatwas

Le minaret de la Koutoubia, le monument le plus connu de Marrakech, date du XIIème sièce. Cette tour fait 69 m jusqu'au sommet du lanternon, 77 m jusqu'au sommet de la flèche. Le décor extérieur est différent sur chaque côté.
Le minaret de la Koutoubia, le monument le plus connu de Marrakech, date du XIIème siècle. Cette tour fait 69 m jusqu’au sommet du lanternon, 77 m jusqu’au sommet de la flèche. Le décor extérieur est différent sur chaque côté.

Les oulémas sont des hommes et femmes qui ont tous appris par cœur le Coran et ses traductions, l’hadith – rapport des actes et paroles du prophète considérés comme des exemples à suivre – et la sunna – recueil des faits et propos du prophète. Ce sont des savants de l’Islam qui, lorsqu’ils se réunissent en conseil, rendent la fatwa, consultation juridique ou interprétation de la loi du Coran. Ita Abdellaoui, la quarantaine, est l’une d’entre eux. Elle a été choisie pour son « exemplarité » : elle agissait en bien, connaissait tous ses textes et les communiquait avec ferveur.

Mais, avant de suivre le « chemin du bien », comme elle le nomme, Ita a travaillé dès l’âge de 16 ans dans le secteur du tourisme, en hôtellerie. Elle n’avait plus de temps pour sa fille. « Je me sentais de plus en plus égoïste », commente-t-elle sans regret pour cette période.

Sa vocation religieuse lui est venue après « un miracle », affirme-t-elle. « J’étais enragée contre Dieu parce que ma fille était handicapée, raconte-t-elle. On m’avait dit qu’elle aurait des difficultés à marcher. Je priais toujours, espérant que son mal s’amenuise et, un matin, elle a marché normalement. Le médecin n’en est pas revenu ! » Et elle n’est jamais retournée voir un professionnel de santé : « Leurs pronostics sont des mensonges, ils vous donnent des produits chimiques, ne voient que l’appât du gain et ne vous tendent jamais la main… », lâche-t-elle avec mépris. Depuis ce « signe », elle a en revanche créé une association pour le handicap, mais « c’est pénible, car au Maroc personne ne s’y intéresse », déplore cette maman.

En tant qu’ouléma, Ita donne régulièrement des cours de religion dans des organismes qui accueillent des jeunes en difficultés. Toxicomanes, analphabètes, sans abris… Autant d’individus auxquels « il faut rappeler que Dieu existe, qu’il faut oublier son malheur pour ne pas plonger », soutient Mme Abdellaoui qui ajoute avec une ferveur non dissimulée : « On oublie Dieu dans notre quotidien. Le jour, c’est l’enfer à cause du stress qui engendre égoïsme et narcissisme. Fanées sont les valeurs et l’Être est mort. Mais la nuit peut devenir un paradis, un temps de la transcendance et de la relation verticale avec l’Être éternel. »