Hoba Hoba Spirit : «Une histoire banale dans un contexte pas banal»

Hoba Hoba Spirit est né 1998, dans un pub marocain. À l’appel du public, ce groupe amateur s’est peu à peu professionnalisé. Quatre albums et quarante chansons plus tard, il écume les festivals marocains autant qu’étrangers. Récit d’une aventure hors du commun.

Le Groupe Hoba Hoba SpiritLe groupe Hoba Hoba Spirit en concertHoba Hoba Spirit, sous cette onomatopée mystérieuse rappelant le marsupilami de Franquin, se cache un groupe de cinq Marocains en plein essor. Leur esprit est rock, façon Mano Negra, et ils l’appliquent sans complexe à des rythmes marocains ou reggae. « C’est surtout une attitude, une ironie, un sourire, une énergie, assure Reda Allali, chanteur guitariste du groupe, mais également chroniqueur à TelQuel, le fameux hebdomadaire marocain. Je pense que tout individu est sensible à cette énergie. »

Leurs influences sont multiples « On a une chance énorme, raconte le chanteur à la crinière brune. On connaît notre musique, on aime la jouer. On connaît votre musique et on aime la jouer également. » Leur panorama est d’autant plus large et le groupe est ainsi capable de passer dans de nombreux festivals, marocains, mais également européens, allant du rock au reggae.

Dans leurs chansons, arabe et français se croisent. Ils ne voulaient pas se priver d’une partie d’eux-mêmes. « Il ne faut pas oublier qu’au départ notre musique s’adressait à nos amis dans le salon, rappelle Reda Allali. Petit à petit, le salon s’est agrandi et les amis se sont multipliés, mais nous avons continué sur notre lancée. Cela nous confère une liberté immense. »

La route fut longue

Le groupe Hoba Hoba Spirit en concertTout a commencé à la FOL (Fédérations des Ouvres Laïques). Dans les années 90, cette organisation ouvrait ses portes aux cultures alternatives. « On était vite classé comme alternatif à cette époque, explique le guitariste avec un sourire mi-figue mi-raisin. Les locaux de la FOL nous permettaient de répéter. »

En 1998, le groupe joue pour la première fois sous le nom d’Hoba Hoba Spirit dans un pub, à la demande d’un ami. « Nous avons alors bénéficié d’une conjoncture de facteurs », concède Reda Allali. Avec l’arrivée d’Internet et du piratage [voir encadré « L’ambivalence du Peer to Peer »] mais aussi le développement des festivals alternatifs, le groupe se fait peu à peu connaître. Des musiciens professionnels le rejoignent et, à partir de 2002, Hoba Hoba Spirit décide de ne se consacrer qu’à la scène. « C’est l’appel du public qui nous a réellement motivés », affirme le guitariste.

Leur premier concert extramuros se déroule en 2005 en Espagne. « On a eu beaucoup de mal à obtenir les visas, informe Reda Allali. C’était très frustrant ! Notre musique était déjà passée, les journalistes de TF1, LCI, Euronews et France Télévisions étaient venus nous interviewer, mais, quand on a voulu se rendre en Espagne, l’administration a été très réticente. On a eu le sentiment d’être traités comme des va-nu-pieds ! »

« Être une couleur sur le drapeau »

Le groupe Hoba Hoba Spirit en concert« Quand on regarde l’intégralité de nos chansons, on s’aperçoit que nous sommes obsédés par deux idées : qui est-on ? Et où est-ce que l’on va ? », commente Reda Allali. Selon le chroniqueur, le Maroc est arrivé à la limite de cette cohabitation harmonieuse entre tradition et modernité. Pour lui, il est nécessaire de se réunir autour des valeurs qui fondent un pays. « Il faut que l’on parle de liberté sans que l’on nous réponde respect, d’autorité sans que l’on nous rétorque répression », s’enflamme cet homme de caractère.

« Il y a de beaux rêves qui peuvent devenir des projets et ces projets peuvent être concrétisés, s’exclame Reda Allali. Nous voulons lutter contre la névrose cérébrale qui a envahi ce pays, en nous affirmant comme une composante du Maroc. Être une couleur sur le drapeau, cela nous intéresse. »

Le site officiel : www.hobahobaspirit.com/

Ecoutez le groupe sur maroczik

Photos : http://www.lacoccinelle.net/artiste-2639.html