Hébron, ville martyre

Située en Cisjordanie, la cité hébronite n’échappe pas au contrôle de l’armée israélienne. Tension et misère n’en sont qu’accentuées.

« Hébron ? Depuis 15 ans que je viens en Israël, c’est la première fois que je peux y aller. Avant, c’était trop dangereux : les chauffeurs étaient reçus par les colons juifs à coup de cailloux. » Le constat du curé de Saint-Marcel, Claude Barberot, ne peut être plus clair. Depuis la nuit des temps, Hébron n’a cessé d’être la convoitise à la fois des Arabes et des Israéliens. Et pour cause : celle qui fût, avant Jérusalem, la première capitale du roi David, abrite le tombeau des Patriarches. Le sépulcre d’Abraham y serait renfermé. Seulement, ce cénotaphe se rattache à la fois à l’Islam et au Judaïsme. Aucune des deux communautés ne tient donc à quitter cette ville hautement symbolique.

Au-delà de la dimension religieuse, Hébron a joué un rôle politique important, devenant le théâtre d’innommables massacres. En 1929, sept ans après le début du mandat britannique en Palestine, les Arabes massacrent 67 Juifs et en blessent 60 autres. Synagogues et maisons juives sont ébranlées. La population juive survivante fuit. Après être passée sous contrôle égyptien, jordanien puis israélien, après la guerre des Six Jours de 1967, Hébron voit, en 1994, un militant nationaliste religieux israélien massacrer 29 fidèles musulmans au Tombeau des Patriarches. En plus de la fermeture pendant huit mois de la mosquée, cette attaque, condamnée par la population israélienne, n’aura pour conséquences que la récurrence croissante des affrontements entre les deux communautés, ainsi que l’apparition d’une présence internationale permanente (TIPH).

Aujourd’hui, Hébron est tout bonnement divisée en deux zones. « La zone H1 est sous contrôle palestinien et contient la majorité de la population. La zone H2, à l’Est de la ville, est, elle, sous contrôle israélien », explique Kholoud Mraish, jeune guide palestinienne d’Hébron. C’est dans cette zone H2, qui représente 20 % de la ville, que les colons juifs se sont établis. Au nombre d’environ 400, ils sont protégés par… 2 000 soldats israéliens, omniprésents dans la ville.

Ces militaires, qui ont fermé des magasins, condamnant certains quartiers, et interdisent le passage des Palestiniens dans certaines ruelles, comme celle menant au cimetière juif, effectuent pour la plupart leur service militaire. Ce sont eux qui contrôlent l’accès à la mosquée, celle dont l’attentat de 1994 avait fait tant de dégâts. Passage de portiques à l’intérieur de serres grillagées, fouilles des sacs… Dans la mosquée-même sont maintenant installées des caméras de surveillance.

Si les femmes doivent se couvrir les épaules d’une longue cape, surmontée d’une capuche pour la tête, les hommes n’ont aucune obligation. Ramzi Salsa, guide palestinien, fait d’ailleurs remarquer, sourire aux lèvres que « dans une synagogue, on doit se couvrir la tête ; dans une église, on doit se découvrir, mais dans une mosquée, on est libre de choisir ». Si ce n’est qu’il faut tout de même se déchausser.

« Les soldats israéliens n’ont que faire de ces exigences, assure Kholoud Mraish. Ils passent allègrement avec leurs grosses chaussures Rangers, accompagnés de leur chien, sur les tapis de prière. »

Ce sont ces mêmes soldats qui donnent leur autorisation aux enfants palestiniens pour qu’ils puissent aller chercher une soupe distribuée à la mosquée. Eux, enfin, qui, avec les colons implantés en hauteur, jettent leurs détritus dans les souks, d’où la mise en place d’un grillage au-dessus de ces derniers ! À Hébron, on dépasse souvent les frontières de l’imaginable…

Voir aussi article sur l’association Hébron France