Glisse

Au Québec bien plus qu’en Europe, le hockey sur glace est LE sport national. Très loin de l’amateurisme, le hockey professionnel canadien brasse des millions de dollars et est devenu une véritable industrie qui envahit les médias et la société. Reste la tradition d’un sport ancien qui se transmet de génération en génération.

Hockey

Au pays de la crosse

Cvitesse, vigueur et victoire caractérisent le hockey canadien, champion du monde et champion olympiqueomment parler du Québec sans évoquer son principal sport national : le hockey ? Bien sûr, ce n’est pas le seul sport pratiqué au Québec : le base-ball, le curling (voir encadré) et le patinage artistique y sont bien implantés, mais c’est sans commune mesure avec le hockey. C’est un sport ancien : il est né au XVe siècle en Ecosse ou aux Pays Bas puis a été exporté par les colons sur le Nouveau Continent. Ce sport s’est tout de suite imposé grâce à un climat favorable. Cette discipline est intimement liée avec l’histoire du Canada et du Québec et de la ville de Montréal. Et cela se voit dans les résultats : le Canada a gagné la médaille d’or aux jeux olympiques de Salt Lake City en 2002, et a remporté dans la foulée les Championnats du monde en 2003.

Difficile d’échapper à ce sport dans la Belle Province: le hockey s’impose jusque dans les expressions de tous les jours, comme «accrocher ses patins», qui signifie prendre sa retraite. Le cinéma s’est également emparé de la folie hockey : la série de films «Les Boys», qui en est à son troisième volet, a remporté le plus grand succès de l’histoire du cinéma québécois, en racontant l’histoire d’un club «dans une ligue de garage». Le premier astronaute canadien, Marc Garneau, a emporté avec lui dans l’espace une crosse et un palet (rondelle) : tout un symbole !

La LNH : l’industrie de la tradition

Curling

La pétanque du froid

Sport quasiment méconnu en France avant qu’il ne devienne discipline olympique en 1998 à Nagano, le curling est bien plus développé au Québec que dans l’Hexagone, mais cette activité doit encore se populariser chez les jeunes.

'brosser' la glace permet d'accélérer la glissade de la pierre«Sois plus précis ! Plus vite ! Oui, en plein dans le mille !!» Casquette vissée sur le crâne, légèrement penché sur la glace, les mains crispées sur les genoux, Camille Villeneuve, 76 ans, observe avec jubilation la pierre lancée par ses coéquipiers se placer au but, à la «maison». «C’est un sport de minutie, de détail», explique le dynamique septuagénaire, inconditionnel du curling depuis 40 ans, capitaine de son équipe et figure du club «Kénogami» de Jonquière. «Et il me permet de voyager : toute l’année, je sillonne toute l’Amérique du Nord, pour me confronter aux meilleurs clubs».
«C’est une activité très conviviale», renchérit Paul André, un autre vétéran du club. «Après les matches, les deux équipes se retrouvent pour boire un verre, même lors de compétitions importantes», précise-t-il. Voilà pourquoi Camille, qui s’est pourtant essayé à de nombreux sports, considère le curling comme le plus beau de tous.

Sport très ancien, qui tire ses origines du «kulling» pratiqué dès le XVe siècle sur les lacs gelés d’Écosse ainsi qu’au Pays-Bas, le curling a pris sa forme actuelle au XIXe siècle : deux équipes de quatre joueurs s’affrontent sur une piste glacée, en tentant de faire glisser une pierre de 20 kilos jusqu’à une cible représentée sur la glace et dénommée «maison».
Le but du jeu est de placer une ou plusieurs pierres le plus près possible du centre de la cible, tout en empêchant l’adversaire d’y parvenir : les règles ne sont pas sans rappeler celles de la pétanque, même si les parties sont bien plus longues, de 2 heures à 2h30. Une fois la pierre lancée, deux «balayeurs», ou «brosseurs», équipés de chaussures aux semelles spécifiques, s’activent à accélérer la glissade de la pierre, en «brossant» la glace sur son chemin pour la réchauffer. Ce balayage très rapide confère un caractère particulièrement spectaculaire au curling. À l’autre extrémité de la piste, le capitaine ? souvent le joueur le plus expérimenté ? prodigue d’importants conseils aux balayeurs et au lanceur.

Bien implanté en Écosse, en Suisse et aux États-Unis, ce sport bon marché est pratiqué régulièrement par 750.000 à un million de Canadiens, dans quelque 1 200 clubs. Mais le curling est plus populaire dans l’Ouest qu’au Québec, qui ne compte que 80 clubs. Si ses pratiquants sont pour beaucoup des retraités, des sections «jeunes» se sont toutefois formées un peu partout, ainsi qu’une option «sport études» spécifique dans certains lycées.
Au niveau fédéral, le Canada reste une grande nation du curling : l’équipe messieurs, vice-championne olympique à Salt Lake City l’an dernier, a battu la Suisse en finale des championnats du monde en avril dernier à Winnipeg. Quant aux dames, elles ont conquis l’or olympique en 1998 et le bronze en 2002.

Samuel Goëta

Les professionnels actuels de la crosse, dont certains ont rang de stars, s’affrontent dans le cadre du principal championnat nord-américain: la LNH (Ligue nationale de Hockey), seule ligue professionnelle ayant subsisté parmi toutes celles créées au début du XXe siècle. La LNH, créée à Montréal en 1917,  regroupait seulement quatre équipes dont les célèbres « Canadiens » de Montréal. Elle voit s’affronter les plus grandes équipes des Etats-Unis et du Canada : les clubs jouent d’abord au sein de groupes régionaux, puis de deux « conférences » continentales, enfin les meilleurs accèdent aux phases finales, pour conquérir la récompense suprême, la coupe Stanley.

Sur ce bol en argent, créé en 1892 par le gouverneur général du Canada, Lord Stanley de Preston, est inscrite la liste des joueurs et équipes l’ayant remportée depuis lors. Les prestigieux «Canadiens» de Montréal y figurent en bonne place, pour l’avoir gagnée à de multiples reprises.

La métropole québécoise voue un culte particulier à cette équipe, dont elle affiche un peu partout le symbole, un grand H imbriqué dans un C (H pour «habs», habitants, en hommage aux premiers habitants de la ville). Chaque boutique de souvenirs vend le maillot et des accessoires de l’équipe. Les «Canadiens» sont la fierté de leur ville, même si cette année ils n’ont pas accédé à la finale de la LNH.

Produits dérivés

vitesse, vigueur et victoire caractérisent le hockey canadien, champion du monde et champion olympiqueLa Ligue est devenue au fil des années un produit marketing très rentable : les retransmissions télé, les produits sous licence (jeux vidéos, vêtements…) ainsi que la billetterie lui fournissent des revenus très confortables, ainsi qu’aux clubs. Le salaire des joueurs est aussi très conséquent : Martin Brodeur, gardien des New Jersey Devils, engrange ainsi quelque 3,7 millions d’euros par an ! 

Règne de l’argent ou pas, l’ambiance est en tout cas au rendez-vous dans les tribunes : dans des stades immenses, les fautes, hors-jeux et autres engagements  sont annoncés au son d’un orgue bien moins austère que celui d’une église, et dans les gradins les supporters enflammés créent une ambiance de fête.

En toute logique, les rubriques sports des journaux québécois sont en majorité consacrées au hockey, et donc à la LNH, mais aussi à d’autres ligues, comme la ligue semi-pro du Québec. Les ligues amateurs sont aussi nombreuses. Le hockey féminin se développe grâce à des programmes de l’Association canadienne de hockey mais reste marginal : 0,5% des Canadiennes de plus de quinze ans jouaient au hockey en 1998, selon «Statistiques Canada». C’est peu comparé aux 12% d’hommes qui pratiquent ce sport.

Le hockey commence même à s’implanter dans le Grand nord : le Nunavut, le territoire des Inuits, dispose de plusieurs équipes, dont les entraîneurs partagent le même rêve: « placer » un jour un de leurs joueurs en LNH.

Samuel Goëta