Francophonie

Les Québécois sont très chatouilleux sur la défense de leur langue face à l’anglais : notre «week-end» se transforme chez eux en «fin de semaine», les panneaux de signalisation portent la mention «ARRÊT» et non pas «STOP». Des anecdotes emblématiques d’une volonté farouche de défendre le français face à l’anglais, laquelle se traduit depuis les années 1970 par une politique volontariste de «résistance linguistique». Mais le combat n’est jamais totalement gagné.


Vivre chez les cousins

Sur 40.000 émigrants qui s’installent chaque année au Québec, 3.500 sont Français, ce qui place la France, et de loin, en tête des pays d’origine des nouveaux arrivants. C’est que les Français disposent évidemment de nombreux atouts pour être admis à s’installer sur les bords du Saint-Laurent : lorsqu’elles sélectionnent les candidats à l’émigration, les autorités québécoises privilégient les diplômes… et la maîtrise de la langue française.
 
«Faire sa vie au Québec». Ce slogan, figurant sur une carte postale distribuée par le gouvernement du Québec en France, donne un aperçu de la politique d’immigration menée par la Province dans l’Hexagone. Ainsi, le jour de la Saint-Valentin, un mot est adressé aux étudiants français de passage au Québec, pour leur vanter la relation particulière qui unit nos deux pays et les inviter explicitement à s’installer chez leur «cousins d’Amérique»! Tout un programme de séduction !
«Entre 1997 et 2001, 11% des immigrants admis venaient de France» précise Claude Fradette, du ministère québécois de l’Immigration. En nombre «de nouveaux Québécois», la France se place ainsi en tête, devant la Chine, l’Algérie et le Maroc. Les arrivants français sont favorisés par les critères de sélection pour les prétendants à l’immigration, le fait francophone étant très important pour avoir un permis de séjour. «Mais on ne se limite pas au critère linguistique, on prend aussi en compte les diplômes et la situation du marché de l’emploi dans le secteur du nouvel arrivant…» nuance M. Fradette.
Si la communauté française est la plus nombreuse, elle ne se comporte pas comme les autres groupes d’étrangers. «Vous ne trouverez pas de quartier ou de lobby français, comme on peut le voir avec les communautés asiatiques ou italiennes», ajoute le fonctionnaire. D’ailleurs le phénomène de «ghettoïsation» est très minime en règle générale. «Au Québec, et même au Canada en général, on ne parle pas de xénophobie mais de xénophilie ! Et puis à Montréal que vous soyez là depuis 10 jours ou depuis 10 ans, c’est la même chose : vous êtes chez vous !» reconnaît un chauffeur de taxi venu de Haïti.
La langue aidant, les Français n’ont donc aucun mal à faire le grand saut. «Je n’ai pas de regret», admet Jean-Luc, restaurateur depuis deux ans à Québec. «Mis à part l’hiver long et rigoureux, nous nous sommes intégrés sans vraiment de problème !». Les Français installés ici avouent dans l’ensemble qu’ils recherchaient un nouveau départ dans la vie. La «Belle province» est alors idéale pour les aspirants au changements, qui n’ont à affronter que dans une moindre mesure les difficultés de l’intégration (langue, mentalité …).
Autre différence par rapport aux autres communautés étrangères : les Français s’installent plus facilement que les autres en dehors de Montréal. «Seuls 71% d’entre eux restent dans la capitale économique, contre 81% pour la totalité de la population immigrée,  précise M.Fradette. Ils n’hésitent pas à s’implanter là où ils ne pourront pas constituer de communautés d’immigrants. Autrement dit, ils font le choix de s’intégrer le plus vite possible.»
Enfin, sur 100 Français arrivés au Québec dans les années 1990, 85 y étaient encore en 2002, alors que pour 100 immigrants, toutes origines confondues, ils ne seraient, la même année, plus que 76. «Un taux de rétention record ! Quand un Français décide de venir chez nous, c’est souvent pour la vie …»

Nicolas Barriquand

Québec, le village des irréductibles francophones

Quiconque s’identifie ou s’intéresse à la francophonie ne peut ignorer les difficultés que rencontre le Québec, petite citadelle de la langue française dans un grand Canada majoritairement anglophone. Si le Canada affiche officiellement le bilinguisme institutionnel anglais/français, la prédominance de l’anglais y est manifeste, et la présence du français de plus en plus précaire : en 2001, dans les provinces anglophones, le chinois a détrôné le français comme deuxième langue la plus parlée à la maison. Dans ce contexte, «il est normal que nous nous défendions !», proclame-t-on au gouvernement du Québec. «Il faut préserver, protéger et renforcer le français au Québec. Nous sommes si peu face à 275 millions d’Américains et aux 20 millions de Canadiens anglophones», argumente Jacques Gosselin, directeur du Secrétariat à la politique linguistique du gouvernement.

Montréal : francophonie en baisse

les bus québécois scolaires, à l'allure très américaine, déploient le panneau 'arrêt' et non pas 'stop'. la belle province rechigne à employer des anglicismesEn 1996, seuls 23,5 % des Canadiens étaient francophones de langue maternelle, l’immense majorité d’entre eux (85%) étant établis dans la Belle province. Certes, au Québec même, la part des francophones a légèrement progressé depuis le début des années 1970. Mais ce n’est pas le cas à Montréal, encore moins dans le reste du Canada où la situation est bien sombre : les francophones n’y représentent plus que 2,9% de la population, contre 4,4% il y a trente ans. Dans la riche province de l’Ontario, où vivent encore de 300.000 à 500.000 francophones, 39% des locuteurs de langue maternelle française se mettent à utiliser l’anglais à la maison. Pour certains, la situation du français à Toronto, Winnipeg ou Vancouver s’apparente à une cause perdue : «C’est un des clivages entre les deux principales formations politiques québécoises, les souverainistes du PQ et les fédéralistes du PLQ», observe Jacques Audibert, le consul général de France à Québec. «Les fédéralistes s’accrochent à l’idée d’un Canada bilingue, et s’attachent à défendre le français d’un océan à l’autre. Les souverainistes, eux, veulent concentrer leurs forces là où ils estiment qu’on peut encore faire quelque chose, c’est-à-dire évidemment au Québec».

Le Québec ressemble donc de plus en plus à un village d’irréductibles francophones, qui résistent encore et toujours aux anglophones qui «occupent» tout le reste du Canada. Une résistance particulièrement difficile à Montréal, la capitale économique de la Province ? et deuxième ville francophone du monde ?, où le français ne cesse de perdre du terrain : les francophones, qui étaient encore 61,2% à Montréal-centre en 1971, n’y étaient plus que 55,6% en 1996, et selon certains démographes la barre fatidique des 50% pourrait être franchie vers 2015. Dans la métropole du Saint-Laurent, il n’est pas rare de rencontrer un commerçant qui s’adresse spontanément à sa clientèle dans la langue de Shakespeare, voire qui ne comprend pas du tout le français! Concrètement, un anglophone peut vivre au quotidien à Montréal sans parler un mot de français.

Une immigration forte

Cette situation est due en partie à l’influence de l’immigration : le Québec accueille chaque année 40.000 immigrants, pour une population de 7,3 millions d’habitants seulement. Certes, grâce à une politique volontariste de sélection des candidats à l’émigration, les nouveaux arrivants ne sont pas nécessairement anglophones (40% d’entre eux parlent le français), toutefois certains débarquent à Montréal dans l’idée de s’établir «en Amérique», sans même savoir qu’il existe une province francophone en Amérique du Nord !

«Il est primordial d’aider les immigrants à apprendre le français», assène Guy Dumas, responsable de l’application de la politique linguistique du gouvernement. «Pour cela, il faut les obliger à envoyer leurs enfants à l’école française, à trouver un emploi en français», détaille-t-il. 

les plaques d'immatriculation québécoises marquent la volonté de se démarquer des autres provinces. en arborant la devise du québecC’est que l’influence de l’anglais est évidemment grande dans la vie quotidienne : «il influe sur notre être, sur notre vie. L’anglais est très vivant chez nous» confie Jacques Gosselin. «Sur nos lave-linge, le mode d’emploi est en anglais. Sur nos consoles de jeu, tout se déroule également en anglais, car nous utilisons une plate-forme technologique américaine, différente de la plate-forme européenne, si bien que les éditeurs de jeu ne veulent pas traduire leur oeuvres en français pour le seul marché québécois», précise-t-il.

Minoritaires, les résistants francophones se sentent également isolés : «Les Belges francophones peuvent s’appuyer sur la France pour le rayonnement de leur langue. Les Suisses germanophones sur l’Allemagne. Mais nous, nous sommes seuls ici face à l’anglais!», se désole M. Dumas.

Et cela alors que les Canadiens anglophones sont réputés peu enclins à s’ouvrir à la langue de l’autre. «Les Ontariens, nos voisins les plus proches, ne parlent pas volontiers notre langue», observe Batiste Foisy, un étudiant en communication qui travaille pendant l’été à l’accueil de l’office de tourisme de la ville du Mont-Tremblant, à l’ouest de Montréal. «Ils ne font aucun effort! Ils nous voient comme de féroces indépendantistes et sont persuadés que les Québécois haïssent les anglophones !», ajoute le jeune homme.

Promouvoir le français


Au-delà de la langue,
Les clubs Québec France

Les échanges scolaires entre deux établissements étrangers sont nombreux mais ils sont, la plupart du temps, des échanges linguistiques. Le Québec reste donc sur le carreau, alors qu’il y a nombre d’échanges culturels possibles. La régionale Québec France ? Saguenay Lac St Jean a lancé les «Clubs Québec France». Destinés aux élèves de six à vingt ans environ, ces clubs permettent de lier les deux pays avec le soutien de l’association Québec France ? France Québec. La régionale se charge de les mettre en relation avec une école française. Par la suite, l’association assure une aide à la réalisation du projet éducatif et sa promotion. Le projet Typo par exemple et les lycées bourguignons qui l’accompagnent sont donc désormais liés, pour les échanges journalistiques, avec le CEGEP de Jonquière et, en particulier, sa section Art et Technologie des Médias.
Ainsi les établissements scolaires bénéficient du soutien d’une association expérimentée dans les relations avec la France pour réaliser leur projet dans les meilleures conditions. L’association est aussi promue auprès d’un public jeune et assure ainsi le renouvellement de ses membres. C’est une opportunité à saisir pour les enseignants qui désirent rapprocher les jeunes des deux continents.

Contacts :
Québec France ? Saguenay Lac Saint Jean
Jean Marie Perron
4671 Saint Léonard ? Shipshaw (Qc) ? Can G7P1J4
jean-marie@perron.qc.ca

Hadrien Vincent

les journeaux français en tête de gondolePour le gouvernement, cet antagonisme ne doit pas passer par un rejet de l’idiome de l’autre. «Notre politique ne vise pas à interdire l’anglais, mais à promouvoir le français : nous ne pouvons que nous féliciter de voir les Québécois apprendre l’anglais», précise M. Gosselin. «Le commerce extérieur, de toute façon, se fera toujours en anglais. On ne peut fuir cette réalité et il est donc normal d’apprendre cette langue, en tant que langue utilitaire».

«Ce qui compte, c’est que le français reste la principale langue identitaire au Québec», nuance son collègue du Secrétariat d’Etat. «C’est une différence importante : on peut utiliser l’anglais pour les affaires, tant que le français reste la langue qui fonde notre identité. Et cela, c’est sans doute fragile : qu’arrivera-t-il le jour où toute la population du Québec sera bilingue ?»

Pour défendre sa langue, le Québec s’est doté en 1977 d’une Charte de la langue française (ou loi 101), qui vise à «faire du français la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires». La Charte affirme très clairement la primauté du français dans tous les domaines. «Elle oblige notamment tous les enfants du Québec à fréquenter l’école française, sauf ceux dont les parents ont reçu la majeure partie de leur éducation en anglais au Canada», souligne Guy Dumas. Cette législation s’applique en particulier aux immigrés, désormais contraints de scolariser leurs enfants en français, alors qu’auparavant ceux-ci étaient inscrits à 80% dans des écoles anglophones.

La loi 101

Autre avancée majeure : la loi 101 a imposé l’affichage en français. Prix, menus, informations générales, tout est désormais indiqué à la fois dans les deux langues. De même, la charte prévoit que le dossier médical d’un patient doit être rédigé par défaut en français, et qu’il ne le sera en anglais que sur demande express du malade.

Ces progrès ont été cependant entravés par l’adoption en 1982 de la Constitution canadienne, qui proclame le bilinguisme obligatoire officiel dans l’ensemble du Canada : depuis lors, les documents officiels du gouvernement québécois doivent être également rédigés en anglais. Selon Jean Dorion, président général de la société Saint Jean-Baptiste de Montréal – une organisation souverainiste fondée en 1834, très en pointe dans la défense du français comme «seule langue officielle au Québec», – cette Constitution a «affaibli la Charte», car elle a servi de base juridique à nombre de recours intentés devant la Cour suprême contre certaines dispositions de cette charte, notamment sur la scolarisation en français.

Rester vigilants


Des assoc’ pour «tomber en amour»

Québec-France dans la Belle Province, France-Québec dans l’Hexagone : depuis 1968 ces deux associations construisent un seul et même réseau d’échanges et d’amitiés afin de «faire connaître, comprendre et apprécier le pays d’en face». Avec l’Office franco-québécois de la jeunesse, un organisme bi-gouvernemental dédié aux 18-35 ans, ces associations entendent renforcer l’affection réciproque que se vouent les deux communautés depuis plus de trente ans…

Des Montréalais découvrant les vendanges en Bourgogne ou dans le Bordelais, des Angevins en stage à Chicoutimi, des voyages «découverte», un accueil chez l’habitant : l’association Québec-France a à c?ur de favoriser la rencontre et l’échange, sans négliger la réflexion de fond.
«Chacune de nos 24 structures régionales doit définir un ?programme d’actions’ thématique, comme la francophonie, la généalogie, les lieux de mémoire communs», souligne Richard Boisvert, haut fonctionnaire au ministère des Relations internationales du Québec et directeur général de Québec-France. «De façon générale, la langue française occupe une place de choix dans ces programmes, comme lors de la semaine de la francophonie», détaille M. Boisvert.
«De plus, 55% des jumelages québécois sont réalisés avec la France, et les Français représentent la part la plus permanente de l’immigration», observe encore le directeur général, qui insiste sur «l’attachement tout particulier» qui unit les francophones de part et d’autre de l’Atlantique.
Avec une moyenne d’âge de 46 ans, pour 3500 membres environ au Québec et 6000 en France, l’association tente aujourd’hui de se tourner d’avantage vers les jeunes. «Nous ne manquons pas dans nos rangs d’adultes d’âge mûr, qui comptent déjà plusieurs séjours en France à leur actif», relève Jean-Marie Perron, responsable de Québec-France dans la région du Saguenay-Lac Saint Jean. «Ce qu’il faut à présent, c’est intéresser les jeunes à ce qui se passe de l’autre côté de l’océan, car ils constitueront forcément l’avenir des relations franco-québécoises».
Un credo partagé par l’Office franco-québécois de la jeunesse (OFQJ), émanation des deux gouvernements créée en 1968 et qui vise à offrir aux jeunes adultes, par le biais de stages en entreprises, de colloques ou d’organisation de spectacles, une «autre image de la France et du Québec, différente de celle qu’on se forge à l’occasion d’un séjour touristique».

Hélène Lebon

Sur le web :
(www.quebecfrance.qc.ca/contact Saguenay : jean-marie@perron.qc.ca)
(www.france-quebec.asso.fr/contact Bourgogne: pierre.georges@libertysurf.fr)

site de l'association québec france saguenay - lac saint jean site de l'office franco-québécois jeunesse

La société Saint Jean-Baptiste fait campagne pour un «véritable monolinguisme officiel, avec tout de même certaines exceptions dans la sphère privée». «A l’hôpital, nous trouvons naturel que le personnel s’adresse en anglais à une vieille dame qui ne parlerait que cette langue. C’est une exception privée logique», argumente M. Dorion. «En revanche, nous pensons que les permis de construire doivent être rédigés exclusivement en français, même lorsqu’ils sont délivrés à des anglophones. Si l’on vous parle toujours anglais lorsque vous en faites la demande, vous n’apprendrez jamais le français ! C’est cette logique qu’il faut briser» ajoute-t-il.

Globalement, confirme Jean Gosselin, «nous avons fait des progrès depuis 30 ans. Le français ne s’est jamais aussi bien porté, mais il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers. Il faut rester vigilants !»

Morgiane ACHACHE

Savoureux vocabulaire

Les Québécois tiennent à leur spécificité francophone : ils rechignent à employer des anglicismes et parlent une langue française bien à eux, au point qu’elle en devient parfois difficilement compréhensible pour un Français. Le tout prononcé avec un accent si particulier !

Une habitude bien québécoise est d’employer du vocabulaire religieux en guise de juron. Ainsi pour manifester son énervement, sa frustration ou sa surprise, un Québécois s’exclamera «Tabernak», «Hostie», «Calice», «Ciboire», ou tout simplement «Christ» ! Quand il s’énerve, il «se met en Christ» (prononcer crisse), ou s’écrie «Maudit Christ» ! Cette habitude de «sacrer» (jurer) proviendrait de l’époque de la Révolution tranquille, dans les années 1960 : à cette époque qui vit les francophones commencer à s’affirmer face aux anglophones, la population a voulu s’affranchir des grands tabous de la société comme la religion catholique. Elle s’emploie plus à la campagne dans le discours populaire.
En dehors de ces jurons, la liste des québécismes est grande : certains termes n’existent qu’en français du Québec, d’autres existent des deux côtés de l’Atlantique mais n’y ont pas le même sens.

bonde

   femme

quétaine

ringard

tabagie

bureau de tabac

sucette

suçon

jaser, placoter

discuter

pot (potte)

marijuana

bibites

bestioles

c’t écoeurant

c’est fantastique

toune

chanson

char

voiture

bleuet

myrtille

liqueur

soda

gosses

testicules

bobettes

slip

flots

enfants

écouter la télévision, un film

regarder la télévision, un film

chaudron

casserole

On retrouve dans ce vocabulaire québécois des expressions inusitées en France, issues du vieux français, et importées à l’époque des premiers colons. Ces derniers auraient également apporté le fameux accent québécois, qui correspondrait à la manière de parler des aristocrates français à l’époque de la colonisation. Cet accent varie selon les régions : à Montréal et parfois à Québec, il n’est pas très marqué, mais en dehors de ces villes, il s’entend plus nettement. Au point que certaines personnes se font difficilement comprendre d’un Français !

Les différences peuvent également porter sur certaines expressions de la vie quotidienne, ou sur la syntaxe. «Tantôt» désigne ainsi un moment indéfini, peu de temps avant ou après, et «Tu viens-tu au cinéma ?» se dit presque plus couramment que le classique «Est-ce que tu viens au cinéma ?».
Les Québécois subissent différemment l’influence de langue anglaise : s’ils écoutent des «tounes» en guise de morceaux de musique (de l’anglais «tune»), s’ils «crossent la rue» (expression du Nouveau Brunswick) et «s’ils cleanent la table», s’ils emploient «définitivement» au sens de «tout à fait» (de l’anglais «definitely»), ils bannissent de nombreuxle souci de préservation du français pousse même les québécois à ne pas employer le mot 'hot-dog' autres anglicismes, courants en France. Ainsi les expressions anglaises sont le plus souvent traduites : un showroom devient une «salle de montre», un e-mail un «courriel», un «parking» un stationnement, et faire du shopping se dit «magasiner». Au cinéma, les titres de films sont également traduits, comme le dernier Matrix («Matrix reloaded») qui devient «Matrice rechargée», Fast and Furious, rebaptisé «Rapide et Furieux», ou même «Pulp Fiction» qui devient «Fiction pulpeuse».

Les Québécois ne sont pas pour autant de piètres anglophones : nombre d’entre eux parlent même un très bon anglais, sans pour autant délaisser le français. Nos cousins d’Amérique ont sans doute beaucoup à nous apprendre pour protéger notre langue…

Samuel Goëta