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Éveiller les consciences et faire renaître la citoyenneté

Ce vendredi 17 avril, le lycée de Brochon fête la journée de la citoyenneté.
Fort d’une quarantaine d’ateliers, et d’intervenants de tous bord, les élèves naviguent entre débat, conférences, et échanges,pour aborder des questions relatives à la laïcité, la religion, la liberté d’expression…Des connaissances pour former le citoyen de demain.

Origine du projet « Journée citoyenne »

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Dominique Lanternier, proviseur du lycée de Brochon

Après les attentats de janvier, une minute de silence et une sensation d’inachevée, l’équipe pédagogique du lycée, soutenue par ses élèves, a décidé de créer un évènement autour du thème de la citoyenneté dans l’établissement. Tous ont contribué à ramener des intervenants légitimes pour discuter avec les élèves. Dominique Lanternier, proviseur du Lycée Stephen Liégeard de Brochon raconte : On a voulu axer cette journée autour de la citoyenneté, du développement de la personnalité et de la réflexion des jeunes que l’on a toute l’année. »   Au départ prévu sur quelques heures, le projet s’est finalement transformé en une journée entière banalisée, à destination de tous les lycéens de l’établissement. Il y a un triple objectif à atteindre pour l’équipe : informer, réfléchir,échanger. Le format de l’atelier s’est donc imposé de lui-même, pour éviter le cours frontal, mais plutôt engager un dialogue, un échange. « Je pense qu’il faut qu’on enlève les barrières. Il y a des endroits ou l’on peut parler de tout : le collège, le lycée est l’endroit pour parler de tout, sans tabou, échanger ses idées, en respectant les idées et les personnes. »

Catherine Daudé-Miolle, documentaliste au lycée S. Liégeard, : « On a immédiatement vu l’enjeu qu’il y avait derrière les événements de janvier. Je trouve que c’est utile qu’il y ait eu un délai entre les attentats et cette journée. Nous ne sommes plus dans l’émotion, le choc….mais plutôt dans le raisonnement. Les élèves ont, depuis, lu et entendu des choses. C’est beaucoup plus fructueux de faire ça aujourd’hui. Et puis cette journée permet de brasser beaucoup d’idées, de personnes, qui vont s’adresser à eux dans un cadre différent. C’est une ouverture sur un monde hors du temps et du format scolaire. »

Catherine Daudé-Miolle a participé à la création de cette journée citoyenne.
Catherine Daudé-Miolle a participé à la création de cette journée citoyenne.

Antoine Perruchot, ancien journaliste, intervient aujourd’hui au lycée de Brochon pour parler de la Franc-maçonnerie, à laquelle il adhère. « La citoyenneté est le socle de l’action des Franc-maçons. Nous portons haut les valeurs de citoyenneté et de laïcité, c’est la place de la Franc-maçonnerie de venir se battre pour ses valeurs, les défendre. Parfois il faut rappeler ce qui fonde le vivre ensemble et notre appartenance commune. »

 Les ateliers en pratique 

Une quarantaine d’ateliers sont mis en place dans le lycée, à destination de tous les élèves de l’établissement. Au programme, débat, conférences, échanges et exercices pratiques pour traiter de laïcité, d’égalité et de liberté, sur des thèmes aussi vastes que la place des femmes dans la société, le dogmatisme religieux ou bien encore les limites de la liberté d’expression.

Eva, en seconde, participe à la TV éphémère citoyenne de Brochon, ainsi qu’à un atelier sur l’esclavagisme. Ravie, elle confie : « La journée de la citoyenneté, c’est vraiment important pour que les gens s’ouvrent aux autres et découvrent d’autres cultures. Les enfants ont souvent les mêmes idéologies que leurs parents, donc c’est important de les ouvrir à d’autres idées et leur permettre de voir autre chose. »

 Table ronde autour des religions 
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Rabin, pasteur, franc-maçon, imam, curé… Mr Sibony, Mme Boulet, Mr Perruchot, Mr Kerkri et Mr De Gigord, après la table ronde sur les religions.

Un imam, un rabbin, un prêtre, une pasteur, et un franc maçon sont réunis autour d’une même table.

Monsieur Simea, professeur de Lettres, démarre l’atelier par un retour sur les événements de janvier qui ont touché le journal satirique Charlie Hebdo, une policière de Montrouge et l’Hyper Cacher. Après le visionnage d’une vidéo de Vice News intitulé « The cartoonist » où le dessinateur Luz revient sur ce drame et explique les fondements de son travail, chaque représentant décrit son rôle au sein de sa communauté religieuse et ses actions.

Par la suite, le débat s’enclenche. En premier lieu, des questions ont été préparé par les lycéens, à l’attention des différents représentants des cultes.
Quelle a été votre réaction à la suite des attentats ?
Pensez vous que les religions puissent cohabiter dans la paix?
Y a t-il un dialogue entre les différents représentants des religions ?
Les élèves sont attentifs, l’ambiance est propice au débat et les réponses font parfois réagir les jeunes.
Après ces questionnements à destination des intervenants, les élèves ont la possibilité de poser d’autres questions et certains n’hésitent pas à interpeller les différents représentants sur des questions d’actualités internationales, notamment le conflit israëlo-palestinien.

Dayane, Fatiha et Salima qui ont participé à cette table ronde se réjouissent de cette initiative prise au sein de leur lycée.
« Je pense que c’était une très bonne idée de réunir des religions différentes : on a pu entendre les différentes opinions et pensées. Monsieur le prêtre a souligné le terme de fraternité qui nous a touché. On est tous des humains et tous frères. Avant de parler de religion, il faut penser à l’humanité. » confie Dayane, ravie de cet échange.
« Je trouve dommage qu’il faille attendre des événements comme les attentats de Charlie Hebdo pour pouvoir organiser de tels événements et interroger les religions entre elles. Et montrer que les religions n’ont pas énormément de différences, que la fraternité est quelque chose de commun à tous. » commente Fatiha.
Salima, en terminale S, ajoute : « Je pense que ce débat peut faire réfléchir. Au moins ça a pu montrer la solidarité qui existe entre toutes les religions, on prône tous les mêmes valeurs, et l’Islam ne les différencie pas. »

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Dayane,élève en Terminale STMG (à gauche), et Fatiha, assistante d’éducation au lycée de Brochon (à droite), ont assisté à la table ronde sur les religions.

Monsieur Perruchot, membre de la Franc-maçonnerie, commente : la Franc-maçonnerie n’est ni une religion, ni anti-religieuse. Durant cette table ronde, j’ai rappelé quelle est la place de la religion dans une République laïque. J’espère avoir donné quelques pistes de réflexion aux élèves qui ont assisté à cette table ronde. Si on ne se pose pas de question, on va droit dans le mur. »

Antoine Perruchot, membre de la franc-maçonnerie, a participé à la table ronde sur les religions.
Antoine Perruchot, membre de la franc-maçonnerie, a participé à la table ronde sur les religions.

Monsieur Kerkri, représentant du culte musulman, confie : « les religions font partie de la société, c’est important qu’elles participent au débat sur la liberté d’expression. Tisser des liens entre les religions, c’est la meilleure solution. Nous voulons un vivre ensemble avec les croyances de chacun. »

Monsieur De Gigord, prêtre catholique, ajoute : « j’ai essayé d’être le plus vrai possible pour répondre aux questions des jeunes. La laïcité est un énorme acquis, qui permet à chacun de rester dans sa sphère sans se porter atteinte. Quand la laïcité s’exprime comme c’est le cas aujourd’hui, c’est formidable ! »

Quant à monsieur Sibony, rabbin, il complète : « la laïcité n’est pas incompatible avec la religion. Nous vivons dans un état laïque, donc il faut se conformer à cela. »

Les 3 religieux participent à une émission de Télé citoyenne Brochon - Journaliste Samir
Les 3 religieux participent à une émission de Télé citoyenne Brochon – Journaliste Samir
 La télé citoyenne de Brochon

Le CLEMI a lui aussi participé à cette journée. Le plateau Tv de Typo  a été mis à disposition des élèves et devient pour l’occasion « La télé citoyenne de Brochon ».

Emission de Télé citoyenne Brochon. Interview de Jean Mati, journaliste réfugié de la RDC par Eva
Emission de Télé citoyenne Brochon. Interview de Jean Mati, journaliste réfugié de la RDC par Eva

En amont, le coordonnateur du CLEMI, monsieur Dominique Gaye, est intervenu au lycée durant 3h pour faire un point avec les lycéens sur le travail à accomplir, la façon de mener une interview et les clés du journalisme. Les lycéens qui ont choisi de participer à l’atelier vont interviewer les différents acteurs de cette journée : Représentants des cultes, auteure sur la théorie du complot, membre d’associations de défense des droits de l’Homme, témoin de la Shoah, réfugié politique… Les émissions se suivent et ne se ressemblent pas. Les lycéens prennent place dans le fauteuil et se lancent dans l’exercice du journalisme.

Christine Ozier, autre documentaliste du lycée, a préparé les élèves aux interviews
Christine Ozier, autre documentaliste du lycée, a préparé les élèves aux interviews

C’est une première pour ces jeunes qui n’ont pour la plupart jamais eu ce genre d’expérience. Ils découvrent alors les coulisses et les ficelles du métier de journaliste, apprennent à gérer des invités sur un plateau et à rebondir sur leurs réponses pour alimenter le débat.

Eva, en seconde, confie : »Je me suis inscrite à l’interview car j’aime le milieu audiovisuel. Aujourd’hui j’ai interviewé Jean Mati, un journaliste réfugié du Congo. C’était super, j’ai appris beaucoup de choses sur lui et sur son pays, c’était très enrichissant. »

Eva, journaliste
Eva, journaliste

« L’expérience des interview, de leur faire toucher à ce que c’est, c’est super ! C’est les premiers pas, mais j’aimerais revoir ce genre de projets, les voir continuer à faire ce travail de journaliste. » raconte Catherine Daudé-Miolle.

 Un futur à envisager à cet événement 

Cette journée de la citoyenneté aura été une véritable réussite. L’équipe pédagogique à l’origine du projet salue l’initiative de monsieur Lanternier, proviseur de l’établissement, et se félicite de la participation des jeunes : « J’ai trouvé très riche le mélange des niveaux dans les ateliers :  des terminales, des secondes, des premières… Ils n’apportent pas les mêmes choses, ne posent pas les mêmes questions, c’est très intéressant. », confie Catherine Daudé-Miolle, documentaliste.

Monsieur le proviseur quant à lui est ravi et imagine déjà un futur à cet événement : « A la suite de cette journée, nous allons d’abord faire un bilan. Si l’impression reste positive, on l’inscrira dans notre projet établissement pour consacrer une journée ou une demi-journée par an à cette journée citoyenne. »