Environnement

Vastes forêts, plaines à perte de vue, fjords et rivières : dans l’immense Québec, la nature est reine. Comme dans les autres pays industrialisés, elle n’est toutefois pas à l’abri de la pollution engendrée par les activités humaines. Un danger dont les Québécois ont au moins en partie pris la mesure.

en avril, la glace fond progressivement sur la baie des ha-ha, à la-baieGrands espaces: attention danger !

 

L‘hiver au Québec : un vent glacial, un thermomètre qui frôle les -50°C, et le sol qui gèle jusqu’à deux mètres de profondeur ! Un pays immense, peu peuplé  – 5 habitants au km2, contre plus de 100 en France –  où 70% de la population se concentre le long du St Laurent. Dans de telles conditions, les Québécois ont développé un rapport particulier avec la nature.

«L’hiver, tout est blanc, on ne distingue presque rien de loin. Maisons, arbres, tout se confond sous la couche de neige d’une pureté impeccable» s’enthousiasme Emmanuel Colomb, qui organise des sorties ?nature? pour les touristes dans la région du Saguenay-Lac St-Jean.

Pour lui, la saison hivernale est l’occasion d’excursions en raquette ou en motoneige, «pour découvrir la forêt ou l’immensité du territoire, la fabrication d’igloo et la joie de nuits dans la neige.»

la nature porte la marque de la faune: ici, les conifères après le passage des catorsEn ce mois d’avril, Emmanuel arpente avec ses clients les abords des lacs encore gelés, où les amas de neige tourbillonnent sous le vent. Les chemins qui longent les petites rivières en sous-bois sont bordés d’arbres que les castors ont sérieusement grignotés, causant des dégâts le plus souvent considérés comme irréversibles. Quelques mètres plus loin, on peut découvrir l’habitat du rongeur : un barrage assez impressionnant patiemment construit par l’animal. À la fois bûcheron, architecte, bâtisseur, le castor  peut bouleverser la biodiversité de son milieu, à l’image de l’homme, puisque les activités humaines viennent aussi troubler durablement l’environnement…

Enjeux économiques

 

 

Une neige pas toujours pure

Mla neige est aspirée sur la route par les chasse-neigealgré des chutes de neige extrêmement importantes, le Québec n’est presque pratiquement jamais immobilisé pendant les longs mois d’hiver: même lorsque plusieurs mètres se sont accumulés, une armée de chasses-neiges parcourent immédiatement les routes, y compris les moins fréquentées, pour permettre aux « chars » des Québécois de s’y aventurer. Une performance très coûteuse pour le ministère des Transports, et potentiellement dangereuse pour l’environnement. En effet le nettoyage des routes passe par l’application d’abrasifs et de fondants, substances chimiques destinées à diminuer la formation de glace et à limiter l’accumulation de neige. La neige est ensuite la neige est convoyée dans des "décharges à neige" à la périphérie des villesaspirée sur la route par les chasse-neige, puis stockée dans des « décharges à neige » à la périphérie des villes. Soucieuses d’éviter que les abrasifs accumulés dans ces dépôts de neige ne contaminent l’environnement, les autorités de la province réglementent l’élimination des neiges usées.
«Il y a encore trois ans, la réglementation n’était même pas appliquée à Chicoutimi et les neiges étaient déversées directement dans la rivière, alors que c’était interdit», explique Emmanuel Colomb, guide-organisateur d’activités en plein air. «Aujourd’hui, la neige est stockée dans un dépôt doté de bassins étanches. L’eau de fonte est ensuite déversée dans un bassin de décantation à fond argileux, qui garde les substances toxiques des produits utilisés pour le déneigement, tels que chlorure de calcium, sodium, mais aussi pétrole…» Enfin vient la phase de filtrage en surface, destinée à ôter les substances flottantes de ces eaux de fonte et de ruissellement.
Parfois, si la capacité du réseau et de la station d’épuration est suffisante, les neiges usées ou les eaux de fonte peu ou pas traitées sont déversées dans l’égout domestique. «Je pense que ces mesures ont été étudiées de manière à ne pas engendrer de conséquences sur l’environnement ; elles sont adaptées au Québec», conclut Normand Villeneuve, ingénieur-conseil en environnement.

Leslie Lhussiez

Dans un pays qui recèle 3% des réserves d’eau douce du monde – le réseau hydraulique du Saguenay-Lac St Jean s’étend à lui seul sur 85000 km2 soit la superficie de l’Autriche-, et dont les forêts couvrent 700 000 km2, -plus grand que la France toute entière !, – la préservation des ressources naturelles que sont l’eau et le bois est un impératif qui requiert certaines précautions.

 

Ainsi, les industries du bois d’?uvre et de la pâte à papier ont dû cesser, dans les années 1990, d’acheminer les billes de bois vers les usines en les faisant dériver à la surface des cours d’eau, car cette technique, dite du ? flottage ?, était très polluante : «Le fond des rivières et des lacs se recouvrait d’écorces qui, en se décomposant, faisaient augmenter le taux de mercure», explique Normand Villeneuve, ingénieur-consultant en environnement à Alma, au bord du Lac Saint-Jean. «La pêche et la baignade en ont parfois été interdites», ajoute-t-il. Sous la pression de l’opinion publique, le flottage a finalement été abandonné, mais le problème serait aujourd’hui déplacé : «Puisque tout le transport s’effectue par route, la pollution liée au pétrole s’est accrue», souligne Michel Belley, recteur de l’université de Chicoutimi et ex-président du CRCD, un organisme régional chargé de promouvoir le développement durable.

La prise de conscience écologiste a été longue à se développer chez les Québécois, estime M. Belley : «Jusqu’à une époque récente, les usines et les particuliers déversaient toutes leurs eaux usées directement dans les cours d’eau. Nous ne disposons d’un système d’égouts que depuis une vingtaine d’années».  Pour Normand Villeneuve, «le problème, c’est que notre espace est tellement grand que souvent la pollution ne se voit pas. C’est un obstacle à une prise de conscience écologiste».

 

Même l’hydroélectricité – une technologie « verte » par essence – n’est pas sans conséquence pour l’environnement : les très nombreux barrages hydroélectriques de la Province détruisent la flore et déplacent la faune, voire parfois les hommes.

Les industries lourdes, tels que la production d’aluminium, ont également beaucoup contribué à la pollution de la Belle Province. «Jusque dans les années 1970, les vitres des maisons étaient noircies par les fumées des usines d’aluminium d’Alcan», se souvient Michel Belley. «Mais le vent a tourné depuis : l’entreprise a pris des mesures sérieuses pour limiter ses rejets, et aujourd’hui les vitres restent propres !»

Changer les mentalités

En effet, depuis ces vingt dernières années, les usines ont été amenées à ?traiter? leurs rejets. Ainsi, Alcan a installé dans ces cheminées un système permettant de filtrer les particules polluantes, de manière ne pratiquement plus rejeter que de la vapeur d’eau. D’ailleurs le gouvernement chaque année aux entreprises de publier un rapport sur leurs activités : «la population est assez bien informée dans ce domaine», reconnaît Normand Villeneuve. «Le gouvernement et le personnel chargé de l’environnement tentent d’ancrer dans les mentalités le 3RVE, Réduction de la consommation, Réutilisation, Recyclage, Valorisation, Enfouissement.» explique-t-il encore.

Quant à l’activité sylvicole, les rythmes d’exploitation seraient bien maîtrisés selon Michel Belley. «La forêt se renouvelle naturellement, pour peu qu’on la coupe judicieusement. Il suffit de bien calculer, en gardant à l’esprit qu’une forêt repousse en 120 ans» explique l’universitaire, en ajoutant que la coupe des épinettes est nécessaire à leur développement. Aujourd’hui les machines utilisées pour couper le bois sont de confortables monstres, capables de cadences phénoménales. Si bien que tous ne partagent pas cet optimisme : «Il y a sans doute eu des progrès, mais la forêt continue à être surexploitée», estime Jean Désy, un géographe qui a fondé une association de préservation des espaces boisés urbains à Chicoutimi.

«Pour le bois, il y a vingt ans déjà que l’on prédit la catastrophe. Certes la réserve est grande, mais je crois qu’on arrivera à la limite de ce que nos forêts peuvent supporter» renchérit Normand Villeneuve, qui précise que le sujet inquiète de plus en plus : «Heureusement, les manifestations se multiplient à ce propos, et un film, ??L’erreur boréale », a même dénoncé cette exploitation outrancière. ?

Activités de transformation

La conscience environnementale au Québec est certes récente, mais elle a permis depuis une vingtaine d’années, d’importants progrès. Actuellement, le Saguenay-Lac St Jean, dont l’économie repose beaucoup sur l’exploitation des ressources naturelles, souhaite se tourner vers des activités de transformation de ces matières premières, pour se doter d’une économie à plus forte valeur ajoutée. Reste à savoir si ces nouvelles transformations seront, à leur tour, source de pollution. Le tourisme en sera-il alors affecté ? Développement économique contre préservation de l’environnement, cette vieille dualité risque d’avoir encore longtemps la dent dure.

Hélène Lebon

 

Poils et plumes

La faune sur internet: Service canadien de la faune 

le castor, bûcheron aux dents longuesLe castor, bûcheron aux dents longues

Plus gros rongeur de l’hémisphère nord, il se confine dans les forêts de conifères. Contrairement à son cousin européen, le castor d’Amérique du nord construit des huttes et des barrages, fidèle à sa réputation de bûcheron. Il a par ailleurs joué un rôle déterminant dans l’histoire du Québec : c’est pour faire commerce de sa fourrure que les Européens sont venus s’installer en Nouvelle-France au XVIIe siècle, puis qu’ils ont exploré le reste de l’Amérique du Nord jusqu’au lac Supérieur et à la Baie James. Pour le remercier de sa contribution ? mortelle pour lui ? à la colonisation, les Canadiens ont représenté le castor sur certaines de leurs pièces de monnaie et timbres-poste.

l'orignal, plein d'élanL’orignal, plein d’élan

L’élan, ou orignal en québécois, est le plus grand des cervidés, avec des mâles atteignant 2,30 m au garrot et 800 kg. Célèbre pour ses bois palmés qu’il perd en hiver, l’animal vit seul, sauf à l’automne où il se retrouve en horde afin de livrer de violents combats de mâles. Des frontières de l’Alaska à Terre-Neuve, le Canada compte 500 000 à un million d’orignaux, que la colonisation a poussés à s’installer dans des régions où ils étaient absents. Les gardes forestiers veillent maintenant à éviter des zones de surpeuplement, qui entravent la régénération de la forêt.

Le pygargue, l’aigle à tête blanche

Le majestueux rapace à tête blanche ? et symbole des USA ? est le plus gros oiseau de proie du Canada. Doté d’une vue trois à quatre fois plus puissante que celle des humains, cet oiseau de deux mètres d’envergure et pouvant peser sept kilos se construit des nids de plus de deux mètres de diamètre ! Mais le prédateur volant, qui fut trop longtemps une proie pour l’homme, est désormais menacé de disparition. Il a déjà disparu de certaines régions.

le caribou, compagnon du père noëlLe caribou, compagnon du Père Noël

La plupart des Québécois ne connaissent le renne, ou caribou, ou encore «xalibu» en langue Micmac («celui qui creuse pour sa nourriture») que par son effigie sur les pièces de 25 cents. Pourtant le roi du Grand nord vit dans une aire géographique immense, la plus grande de tous les animaux de la Province. Avec ses jambes courtes et ses pieds larges, qui lui permettent de longues migrations, même sur sols enneigés, il constitue l’exemple extrême de l’adaptation des cervidés aux grands froids. Durant les années 1960, les autorités ont craint une extinction de l’espèce, qui en 50 ans était passée de plus de 2,5 millions de membres à 350 000. Mais la tendance s’est inversée, avec des effectifs actuels de 1,3 million. Le caribou est apprécié pour ses bois extrêmement développés, ou en ragoût… (si, si !)

le loup, pas forcément méchant...Le loup, pas forcément méchant…

Craint ou haï, le loup fait partie du paysage du nord québécois, et les paniques qu’il déclenche lorsqu’il est aperçu sont souvent infondées : on n’a pas souvenir au Québec d’un loup qui ait attaqué un humain. La position du gouvernement face à ce mammifère, redouté à tort, a évolué : s’il octroyait une prime pour l’abattage d’un loup jusqu’en 1973, il préfère désormais indemniser les dommages causés au bétail.

Peu dangereux pour l’homme, le loup du Québec, qui se déplace en horde hiérarchisée, reste un véritable ennemi pour l’orignal, et il sait se faire discret : son pelage, plus clair, est plus adapté aux milieux enneigés.

l'ours, pas en pelucheL’ours, pas en peluche

Le Québec a aussi ses ours : blancs au nord, sur la banquise, et noirs au sud, dans les forêts.

L’ours noir trapu et massif, pesant en moyenne 135 kg, a la réputation de s’inviter à l’improviste dans les campements des parcs nationaux. Encore vénéré par les tribus autochtones, ce mammifère est désormais chassé de manière très réglementée, à l’automne seulement. Quant à l’ours polaire, avec un poids entre 600 et 800 kg, il est le plus grand prédateur terrestre du Cercle arctique, et la terreur des phoques annelés. Si cette espèce n’est pas en voie de disparition, sa situation est jugée préoccupante du fait de l’empiétement de l’humain sur son habitat, de la présence de polluants chimiques dans ses proies, et du réchauffement climatique qui réduit un peu plus son lieu de vie.

Nicolas Barriquand