Des pratiques journalistiques dénoncées !

P1290076 (Copier)Jérôme Berthaut, maître de conférences et sociologue s’est immergé dans le milieu journalistique de notre chaîne publique France 2 et a traité le sujet récurrent des banlieues. Après avoir mené son enquête, il dévoile les pratiques quotidiennes du travail des journalistes du JT s’attachant plus aux stéréotypes qu’à la réalité, véhiculant une information réductrice.

P1290090L’association Cluny Chemins d’Europe* a accueilli Jérôme Berthaut lundi 30 septembre, à la Maison des Échevins à Cluny afin de présenter son premier livre « La Banlieue du 20 heures »,  ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique, qui sortira le 15 octobre prochain. Ancien journaliste, il se voue dorénavant à la sociologie et à la recherche pour le laboratoire « Migrations et société », il déclare : « Je préfère un travail d’enquête, c’est pour cette raison que je suis devenu sociologue ». Ses recherches croisent sociologie des médias et sociologie de l’immigration. Lors de cette conférence, il s’appuie sur des reportages de France 2 et TF1.

Il s’est intéressé au travail des journalistes et s’est immergé à France 2 lors de nombreux stages. Suite à cela, il a écrit sa thèse qu’il a réadaptée en livre. « J’ai choisi le sujet des banlieues, car il est récurrent. Les journalistes se disent contre les processus de stigmatisation, mais paradoxalement ils ont des pratiques professionnelles qui conduisent à cela » confie Jérôme Berthaut.

Le journalisme et la reproduction des stéréotypes

P1290071 (Copier)Depuis 2003, il travaille sur sa thèse et montre aux spectateurs présents dans la salle par extraits de reportages, comment les journalistes peuvent porter des propos dits alarmistes selon lui. « L’organigramme de France 2 a été recomposé en 2001, le travail s’appuie sur de l’audiovisuel commercial dont le but est avant tout de faire de l’audience. Les journalistes s’adaptent à la façon de penser du rédacteur en chef et les stéréotypes viennent de l’organisation de travail » déclare t-il.

Pour un sujet comme les banlieues, Jérôme Berthaut confie : « Si le rédacteur en chef veut un sujet sur les banlieues… par économie et pour ne pas perdre de temps, on se rend dans la banlieue la plus proche alors que tous les quartiers sont différents. Il faut également trouver une personne pour aider les journalistes à accéder aux quartiers… toujours pour ne pas perdre de temps, cette personne intermédiaire est souvent la même. Cette technique ressemble davantage à une visite guidée pour les journalistes  qu’à un reportage. De plus, cette personne habituée, donne souvent l’info que veut entendre le journaliste ». On constate donc une forte surexposition de certains quartiers et un décalage fort entre ce que disent les journalistes et les témoins sur le terrain.

Immersion totale à France 2

Il ajoute : « Durant le reportage, la personne intermédiaire était le maire de la ville donc c’est lui qui introduit, choisit les habitants à interroger ». Jérôme Berthaut pointe cette technique d’interview directive, de même que la façon de filmer. « Certains journalistes filment les grands immeubles, les paraboles dans les quartiers, pour accentuer le stéréotype » confie t-il.

« Le stéréotype persiste, car il a une fonction dans la production. Tout le monde sait ce qu’il doit faire : arriver dans la banlieue, filmer les paraboles, interviewer le

Jérome Berthaut
Jérôme Berthaut

maire… tout est question de rapidité et d’efficacité ! Les journalistes respectent les commandes du rédacteur en chef, respecte une logique technique, d’attractivité et d’audience » affirme le sociologue.

Il ajoute même que la période ultime de montage n’est qu’une phase de réduction de sens. On coupe de nombreuses scènes pour garder uniquement le message qu’il faut faire passer aux téléspectateurs et surtout celui qu’ils vont pouvoir recevoir.

Pour lui, les journalistes n’ont pas vraiment le choix. S’ils refusent de faire ce qui est demandé, leurs sujets ne passeront pas à l’antenne. « Les journalistes croient en ce qu’ils font. Ils comprennent et adoptent ces pratiques et les défendent ! »

Jérôme Berthaut conclut : « Toutes les activités professionnelles entraînent une socialisation professionnelle, ce qui a un effet sur les façons de voir le monde ».

*Association Cluny Chemins d’Europe : réunit des hommes et des femmes aux origines culturelles, philosophiques, spirituelles, nationales diverses. Les participants, par leur ouverte d’esprit, peuvent travailler ensemble sur des questions que se posent notre société en lien avec l’Europe. Pour plus d’informations, consulter : http://www.clunycheminsdeurope.org/pagesfr/europeens.htm