Des porcs pour sauver la forêt

Une association d’aide au développement, le jumelage Donzy-Hao Hai, a trouvé le lien entre les excréments de cochons et l’eau qui bout dans une casserole : le biogaz. Cette source d’énergie insolite, à la fois économique et écologique, ce qui est plutôt rare, va changer le quotidien des fermes des alentours de Danang.

« Tous les déchets de la porcherie, lisier, excréments et végétaux sont évacués dans une cuve en polyéthylène. Puis tout ça fermente, dégage du gaz qui est récupéré et qui constitue une source d’énergie. » explique Vincent. Cet étudiant de l’Ensam de Cluny, et Xavier, un de ses acolytes de l’école des « Gadz’arts », ont passé deux mois au Vietnam pour développer et vulgariser ce dispositif énergétique, installé en une semaine. Les déjections d’une dizaine de porcs suffisent à fournir l’énergie domestique d’une ferme, principalement destinée au chauffage de l’eau. « Le procédé est vraiment simple » d’après Xavier.
Le dispositif, qui ne serait pas rentable dans des zones tempérées car il faudrait chauffer le lisier, convient tout à fait au climat vietnamien : le gaz se dégage de lui-même du fait de la chaleur.
Les étudiants monteront deux installations biogaz différentes : une en polyéthylène et l’autre en béton. « Nous voulons que les Vietnamiens puissent choisir, en sachant que le polyéthylène est destiné aux familles à faibles revenus ». Environ 100 euros suffisent pour un dispositif, rentabilisé en une année. Mis a part l’intérêt économique, le projet a également une dimension écologique. Le gaz remplace le bois, et permet ainsi la sauvegarde de la forêt vietnamienne.
Cette initiative n’aurait pas vu le jour sans l’association Donzy- Hoa Hai, un jumelage franco-vietnamien baptisé « A la rencontre de l’autre ». Pour Jean Lapalus, président de l’association « Le but de l’opération est d’aider les familles modestes. Et puis l’aspect écologique rentre tout à fait dans la logique du développement durable, dont il est tant question ». La motivation française trouve un écho vietnamien : « à moyen terme, le maire de Hoa Hai désire voir toutes les fermes de son village équipées en biogaz. Il s’est engagé par écrit à vulgariser le dispositif » ajoute Jean Lapalus. Par ailleurs l’association projette de compléter son action en installant des panneaux solaires qui permettrait de préchauffer l’eau, ainsi les besoins en gaz diminueront. Ou comment respecter la nature avec quelques déjections de porcs…

Si les Vietnamiens sont les bénéficiaires «  matériels » de l’échange, les deux Français présents au Vietnam apprennent beaucoup de leur voyage. « L’Asie, nous la découvrons tous les deux pour la première fois,  et nous sommes sous le charme. Etre à 10 000 km de chez soi, cela permet de relativiser ce qui se passe en France » commente Vincent. C’est également le peuple vietnamien qui les enchante : « Tous les enfants dans la rue nous lancent des « hello » , et puis en général les Vietnamiens sont très accueillants».  Pour Xavier, l’aventure asiatique ne se terminera pas avec la mission biogaz : « Je pars ensuite pour six mois en Chine, essayer de trouver un stage dans mon domaine d’ingénieur, histoire de voir si je suis capable de vivre à long terme en Asie … »