Déo, journaliste congolais réfugié, à la rencontre des lycéens

Mercredi 18 avril, le lycée Jean-Marc Boivin de Chevigny-Saint-Sauveur recevait au CDI Déo Namujimbo, journaliste congolais (RDC – ancien Congo belge) réfugié politique en France depuis 2009. Il a livré son témoignage poignant devant deux classes du lycée.

Ils ont été deux classes à participer à cette matinée de rencontre au CDI du lycée Jean-Marc Boivin de Chevigny-Saint-Sauveur (21) ce mercredi 18 avril. Une rencontre marquante avec Déo Namujimbo, un journaliste congolais réfugié en France depuis déjà trois ans. Pendant deux séances il s’est exprimé devant les lycéens pour leur conter son parcours, les atrocités qu’il a dû vivre, les menaces qui ont pesé sur lui et sa famille et son combat qu’il mène encore aujourd’hui pour les dénoncer, loin de son pays qu’il lui est si cher.

Dénoncer un système corrompu.

Cela fait trois ans aujourd’hui que Déo Namujimbo est réfugié politique en France. Arrivé dans l’hexagone en avril 2009 pour recevoir, au Sénat, le premier prix de la plume d’or de la langue française, un concours organisé chaque année, rien ne laissait présager son installation. Pourtant, il va alors, de nouveau, recevoir cette fois-ci par mail des menaces visant sa femme, ses enfants restés au pays et lui-même : « Ne te crois pas protéger avec tes amis blancs à Paris, si on veut ta peau, on l’aura. Ta femme, on va la baiser et découper tes enfants ». Des menaces, des souvenirs indicibles qui le hantent encore aujourd’hui. Sur conseil d’autres amis journalistes français, il décide de demander l’asile et d’entamer une procédure de regroupement familial. Il obtient, très rapidement, le statut et les papiers pour 10 ans de réfugié politique de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides). Aujourd’hui, Déo, sa femme et ses six enfants sont en sécurité. Ses deux grandes filles réfugiées au Burundi sont arrivées fin mars en France. Mais le journaliste reste décidé à mener son combat jusqu’au bout.

D’immenses richesses et une immense pauvreté

Son pays, la République Démocratique du Congo, l’ancienne colonie belge pendant plus de 80 ans de 1885 à 1960 – (à ne pas confondre avec le République du Congo, ancienne colonie française, capitale Brazzaville NDLR) est l’un des plus riches pays en raison de ses nombreuses sources de matières premières. « Les habitants vivent sur un trésor » rappelle souvent Déo. Son sous-sol possède du cuivre, du cobalt, de l’uranium, des diamants, de l’or ou encore du Coltan, ce dernier minerai indispensable à la fabrication des appareils HignTech. C’est paradoxalement ces richesses qui font vivre un enfer aux 65 millions d’habitants qui peuplent le territoire de la RDC et qui vivent dans une pauvreté extrême. Convoitise des dirigeants qui préfèrent faire passer leurs intérêts financiers en priorité, laissant ainsi le peuple dans une autonomie morbide, aux mains des groupes armés se battant pour le contrôle de ces gisements, malgré la présence des militaires observateurs de l’ONU. Et Déo cite des exemples et montre des photos : « Dans mon pays, le lac Tanganyika est l’un des plus poissonneux du monde et les commerçants locaux vendent des poissons venant de Thaïlande, histoire de faire rentrer des taxes à l’import pour le pouvoir en place de Joseph Kabila, fils du Général Laurent Désiré Kabila. En RDC, tout pousse sans engrais, et on importe des haricots du Mexique. Les routes sont dans un état désastreux empêchant tout commerce entre villages. Ainsi la RDC est l’un des pays les plus pauvres du Monde ».

Selon le rapport 2006 de l’OCDE sur le développement humain, la RDC est classée 167e sur 177 avec un revenu national par habitant à la parité des pouvoirs d’achat de 705 dollars Cupidité aussi des multinationales qui exploitent ces minerais et fournissent les armements pour défendre leur concession. Déo dénonce aussi la colonisation belge qui n’a fait qu’exploiter le pays sans y amener un quelconque bien-être pour la population. Déo explique, enfin, aussi longuement que les guerres du Rwanda entre Tutsis et Hutus, les génocides, les millions de réfugiés rwandais qui ont, en 1994, envahirent son pays dirigé alors par le Général Mobutu, ont encore plus fragilisé, appauvrit et meurtrit la RDC.

Journaliste engagé depuis l’âge de 17 ans

Journaliste par passion depuis l’âge de 17 ans, où il a commencé à présenter des émissions de radio grâce à son excellent français, Déo décide d’agir et de dénoncer la situation de ses compatriotes à travers ses nombreux reportages qu’il réalise dans tout le pays et qu’il diffuse par des agences de presse et à Reporters sans frontières. Des reportages qu’il a aujourd’hui consignés dans deux livres*. Cependant, au fil des années, son engagement pour la liberté et l’égalité va se transformer en calvaire. Il reçoit régulièrement des menaces lui ordonnant de cesser ses activités. Puis viennent les menaces de mort. Pendant des mois, il a dû se cacher, partir de chez lui en pleine nuit. « Mon jugement pour ces reportages décrivant la réalité du pays aurait été une grenade lancée sous ma maison si je n’avais pas été vigilant » prévient-il. Parfois, il lui est arrivé de trouver refuge chez des gradés de l’armée qui ont accepté de le protéger. Il a vu l’assassinat de son jeune frère Didace, lui-même journaliste à Radio Okapi, la radio de l’ONU. Il a vécu dans la peur, la peur de mourir lui et sa famille en raison de son engagement pour la population dans un régime qui ne laisse pas de place à la justice et à l’égalité

Des élèves touchés et impliqués.

« Je ne cherche pas à faire pleurer, mais bien à faire comprendre ce qui se passe dans mon pays, à témoigner » explique Déo. Pourtant ce matin dans le CDI du lycée, des larmes apparaissent sur le visage des jeunes. Difficile pour ces lycéens de garder leur sang-froid face au récit marquant de Déo, qui refuse d’ailleurs de raconter ses épreuves dans leurs intégralités. Ce sont deux classes qui ont participé à ce moment d’échange, conclu par des questions des lycéens touchés et curieux. Une classe de 1ère SES et une classe de seconde presse. Pour eux, cette journée représentait le point culminant de leur année de travail autour des domaines de la presse et des médias. Avec leur professeur de français, Florence Letouz et le professeur documentaliste, Patricia Dougé, ils ont eu l’occasion pendant ces derniers mois de rencontrer des journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Placide, le dessinateur de presse, de visiter les locaux de France 3 Bourgogne, les rotatives du Bien Public à Chalon. Une immersion dans le milieu de l’information qui est aussi passée par des activités pratiques, comme la réalisation de Unes de journaux, encadrée par Dominique Gaye, coordonnateur du Centre de Liaison et d’Éducation aux Médias d’Information, le service d’éducation aux médias du rectorat (CLEMI). Leur travail n’est pas encore achevé puisqu’il donnera lieu, après les vacances scolaires, à la réalisation d’un journal de 20 pages reprenant les activités réalisées depuis le début de l’année.

La veille, Déo était présent aux lycées d’Autun et du Creusot. En témoignant de son parcours dans les établissements scolaires, il continue son combat de vérité en espérant qu’un jour un des grands de ce monde entendra son cri, son appel pour qu’enfin son peuple retrouve sa dignité et le chemin de l’espoir. L’écouter, comme le font les lycéens, c’est aussi un peu participer à ce combat humain.

 

Livres : *Merde in Congo et On tue tout le monde…et on recommence

Retrouvez l’émission enregistrée avec Déo

Retrouvez bientôt l’intervention de Déo auprès des lycéens de Chevigny-Saint-Sauveur (21).

Photos Congo du diaporama ci-dessous: Déo

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