Dans les pas d’un député

Typo a passé une journée en compagnie de Christophe Sirugue, député du Chalonnais, au Palais-Bourbon, à Paris. Entre deux réunions de commissions et une séance publique, la journée d’un député est des plus mouvementées. Visite guidée.

« En moyenne, je fais des semaines de 85 à 90 heures », explique Christophe Sirugue, qui, en plus d’être député, est aussi maire de Chalon et président du Grand Chalon. «Une journée correcte commence à 7 heures et se finit à 11 heures du soir ». Un œil sur la montre, l’autre sur le porte-documents qu’il a sous le coude : pas une minute à perdre ! Le début d’une journée à l’Assemblée Nationale qui s’annonce animée. « Aujourd’hui, ce sont les questions au gouvernement. Les télévisions seront présentes, la séance publique risque d’être bruyante et très animée ! ».

 

Pour l’instant, La Chaîne Parlementaire – LCP – retransmet les questions d’une poignée de députés à Xavier Darcos, dans un hémicycle quasiment vide. Il est 10h30. « Cela ne veut pas pour autant signifier qu’il n’y a personne à l’Assemblée », indique Didier Mathus, député du Bassin Minier depuis 1988. Et pour cause: imprimé tous les jours, le Feuilleton et ses 28 pages recensent toutes les réunions prévues pour cette unique journée : aujourd’hui, les salles étaient occupées dès 9 heures.

 

11 heures approchent. C’est l’appel du parti : un flot de parlementaires se rend à la réunion quotidienne de son groupe. En direction du rassemblement Socialiste Radical et Citoyen – SRC-, le Palais Bourbon se révèle être une immense fourmilière, bondée d’hommes en cravate, de femmes en tailleur et de gendarmes dans leur habit bleu clair. Les luxueuses galeries s’entrecroisent à la manière d’un dédale.

 

Salle 6217, 1er sous-sol, les députés socialistes débattent de l’ordre du jour, choisissent une consigne de vote. « C’est un moment très important », précise C.Sirugue. Des assistants prennent en note tout ce qui se dit, de la réforme sur l’audiovisuel public abordé par D.Mathus aux Sociétés Publiques Locales. Quelques députés peu portés sur l’écoute, sont en train de lire le journal, de mâcher un chewing-gum ou même de bavarder. « Les députés ne peuvent pas être spécialistes de tout ! On se tient juste au courant. Il vaut mieux concentrer les efforts sur les domaines de prédilection »,commente Christophe Sirugue. Le « chut ! » autoritaire émis par Jean-Marc Ayrault, président du groupe Socialiste, Radical et Citoyen – SRC-, remettra un peu d’ordre dans cette salle où sont suspendues quatre immenses affiches à la gloire de Léon Blum, Jean Jaurès, Pierre Mendès-France et François Mitterrand.

« Le propre de l’Assemblée, c’est de se croiser »

Il est 12h04 et les sièges de la salle 6217 se vident. Direction la « cantine », rue de l’Université, au 8ème étage. A travers la grande baie vitrée, la vue sur la tour Eiffel et le dôme des Invalides est imprenable. Aujourd’hui, spécialités lyonnaises au menu du jour: verre de Condrieu, salade lyonnaise avec œuf poché, quenelles de brochet servies sur un lit de riz pilaf, cervelle de canut – le tout à 18€. La belle vie, diront certains. «On n’est pas « choyés », au sens affectif du terme. Mais tout est fait pour que nos deux journées passées ici soient bonnes. C’est pour le bon déroulement de la démocratie. Aussi, il ne faut pas non plus que les parlementaires soient tentés par l’argent des lobbys.», rétorque Christophe Sirugue, qui concède cependant qu’« il y a toutefois des économies à faire. Si l’on gérait les mairies comme l’Assemblée Nationale, beaucoup de personnes protesteraient devant les mairies. »

A la cantine, il n’est pas rare d’entendre les élus se tutoyer. C. Sirugue raconte même cette anecdote : «Avant, lorsque je rencontrais Dominique Perben – ancien maire de Chalon de 1983 à 2002, actuel député du Rhône –, nous nous vouvoyons. depuis mon élection, nous nous tutoyons. C’est la norme. » La séance publique débute dans moins d’une heure, juste le temps de regagner ses pénates. De la cantine aux bureaux, les parlementaires s’arrêtent, en profitent pour échanger avec leurs collègues quelques mots sur les dossiers brûlants. Didier Mathus : « Le propre de l’Assemblée, c’est de se croiser. » Christophe Sirugue : « Après les séances, on peut aussi rencontrer les ministres et cela est très pratique pour faire avancer certains dossiers, même ceux de la mairie de Chalon. Par exemple, j’ai pu parler avec Xavier Bertrand des emplois pour l’après-Kodak. »

 

Les bureaux parlementaires font face au Palais Bourbon, rue Aristide Briand. Celui du tout nouvel élu de la 5ème circonscription de Saône-et-Loire se situe tout au fond d’un couloir qui n’accueille que des socialistes dont, entre autres, Julien Dray et Laurent Fabius. Toutes les portes sont ouvertes, puisqu’il y a toujours un assistant parlementaire qui y travaille. « Son rôle est d’ouvrir les courriers, de nous accompagner sur certains dossiers en effectuant des recherches, des comparaisons…», poursuit C.Sirugue. Son étroit bureau comporte deux pièces : une où travaille l’assistante et l’autre, plus grande, qui lui est réservée et où se trouvent son bureau, des dossiers, une télévision branchée sur LCP, une multitude de livres et une grande photo de l’hémicycle. « Cependant, d’autres bureaux sont plus grands. On peut même y dormir », avoue le maire de Chalon, dans un demi-sourire : « Un clic-clac parlementaire, en quelque sorte. »

Jusqu’à 23 heures

La cloche sonne : dans 10 minutes, séance publique, dans l’hémicycle. Cette fois-ci les bancs en velours rouge trouvent preneur. Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée, arrive, après une procession solennelle entamée place du Palais Bourbon avec les membres de la Garde Nationale. Une légère cohue s’empare de l’hémicycle, alors que, placé en hauteur, de façon à voir tout ce qui se passe, le public est silencieux, comme le règlement l’exige. Signe de l’euphorie ambiante, le député UMP de l’Autunois, Jean-Paul Anciaux, est invité à se taire par le président. Il sera le seul à être repris. Les questions au gouvernement se passeront sans heurt notable.

 

Présent, le Premier Ministre, François Fillon, n’a pas pipé mot. Ministre du Travail, et« du chômage » comme l’avait crié un élu socialiste lors de sa présentation, Xavier Bertrand a été le plus sollicité. L’âge de la retraite repoussé à 70 ans a été au centre de tous les débats… et certainement des lettres que transmettent les nombreux huissiers en costume noir. «Grâce à ce système, on peut échanger avec un ministre, un autre député. C’est assez pratique », avoue C.Sirugue.

 

L’horloge au cadran doré, située non loin du perchoir de Bernard Accoyer, indique 16 heures. La séance est suspendue. Après avoir passé par la salle des Pas Perdus, où une immense carte de l’Union Européenne – Présidence de la France oblige – fait office de tapis, et la salle des Quatre Colonnes, la salle de presse version Renaissance, l’Assemblée Nationale se dérobe à nos pieds. Le Feuilleton invite à de nouvelles réunions – à 21h30, il y aura même une nouvelle séance publique. Mais notre voyage se clôt là. Quant à Christophe Sirugue, il retourne vers son bureau. Sa journée est loin d’être finie…