Cyclos amers

Les genoux calleux et le front trempé de sueur, Lê Hong pédale du matin au soir, malgré ses 64 ans : il est conducteur de cyclo, le pousse-pousse vietnamien.

Les genoux calleux et le front trempé de sueur, Lê Hong pédale du matin au soir, malgré ses 64 ans : il est conducteur de cyclo, le pousse-pousse vietnamien. « Il y a de ça 20 ans, j’ai perdu le bas de ma jambe droite dans un accident, ça ne m’a pas empêché de continuer à exercer mon métier ! » lâche-t-il en exhibant sa prothèse. Ils seraient environ 500 à Hué, à vivre de la force de leurs mollets comme Lê Hong. La majorité, presque 300, sont répartis dans différents offices. Les véhicules violets, les plus nombreux, soit environ 200 cyclos, relèvent du « syndicat du tourisme ». Ils sont principalement présents dans la vieille ville, autour de la Cité Interdite. Les bleus appartiennent à celui du marché, on les croise transportant des cargaisons de noix de coco ou de bananes. D’autres enfin, sont affiliés au « syndicat de la gare ». En contrepartie d’une location de leur outil de travail pour 20 000 dongs par mois (environ 1 €), les conducteurs sont assurés de recevoir du « syndicat » une indemnité minimum en cas de maladie ou d’accident. « L’indemnité est toujours inférieure à ce que l’on gagnerait sur notre selle, donc tant qu’on a la force de pédaler, on a intérêt à le faire ! » observe l’un d’eux qui attend un client à l’ombre de la Tour du Drapeau.
Pour ceux vivant du tourisme, plus que pour les autres, le festival est l’espérance de voir se multiplier le chiffre d’affaires de la journée. « Cette année, c’est une grosse déception, nuance Huynh Van An, chauffeur de cyclo depuis 10 ans. Je me rappelle des éditions 2000 et 2002  du festival où je gagnais parfois plus de 100 000 dongs par jour ! (environ 5 €) Cette fois-ci, j’atteins péniblement les 50-60 000 dongs quotidiens (3 €), ce que je gagne en temps normal ! » Les cyclistes rejettent la faute à la pluie qui a gâché les premiers jours de la fête, mais aussi au public de cette année, plus « vietnamien ». « On a l’impression que les visiteurs étrangers ont boudé le festival, poursuit Huynh Van An, en tout cas, ils étaient moins nombreux que lors des éditions précédentes. » Amers, les hommes qui sillonnent Hué en trois roues ne se découragent pas pour autant. « Festival réussi ou non, on sait de toute façon qu’il nous reste encore quelques années à pédaler, conclut l’un d’eux. Sous la pluie comme sous un soleil de plomb ! »