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La folie MaraCroustillants ancêtresRappeur du grand froidDanielle DubéBruno PelletierPierrots fêtardsUn 7e art de retour?

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loin des 'star accédémies', mara tremblay enchaîne les scènes et cafés-théâtres sans pour autant être médiatiséeLa Folie Mara

Son principal thème d’inspiration, c’est elle-même : Mara, sa vie, son ?uvre ! «Ce n’est pas par narcissisme, seulement c’est ce que je connais le mieux dans la vie, alors je peux en parler !» explique-t-elle simplement.

L’artiste, musicienne dans l’âme ? elle a fréquenté l’école de musique depuis l’âge de sept ans ? prend régulièrement la route pour des tournées dans les communautés francophones du Canada, voire jusqu’en France, pour des festivals à Bourges ou Avignon. Le tout avec son violon, sa guitare, son micro et ses copines : une équipe de musiciennes et techniciennes, toutes liées par la même passion, car comme le souligne Mara, «la musique c’est l’échange !».

Mara n’écrit qu’en français, sa langue, «la langue la plus poétique du monde». «Je n’ai jamais pensé à chanter en anglais !» sourit-elle.

Quasi-absente des ondes, Mara ne s’en étonne pas outre mesure. «Ce que je fais n’est pas assez standardisé, mais finalement tant mieux si je ne suis pas diffusée, cela veut dire que j’ai un style propre, original» s’exclame-t-elle. Dans ses chansons se bousculent l’environnement, la société et l’amour, sur des rythmes de country revisité et de rock réinventé, entre psychédélique et grunge. Les mots dénoncent, découvrent et dépeignent ses impressions. Convaincue que «si on est capable d’aimer la nature, on est capable de s’aimer entre humains», Mara exhorte son public à «protéger l’environnement» !

L’inclassable chanteuse, qui a derrière elle de nombreuses années de scènes, dont six pour sa carrière solo, n’a guère apprécié le tapage orchestré au Québec autour de la Star Académie locale, dont la finale, le 20 avril, a été regardée par plus de 3 millions de téléspectateurs (sur 7 millions de Québécois !).

«Le principe est dégueulasse, mais cette formation n’est pas mal», concède Mara. «Le problème est qu’une telle émission ne crée pas toujours des artistes, mais plutôt des curiosités qui ne font que ce que les gens aiment, et non pas ce dont ils ont eux-mêmes envie». Mara est pour sa part ravie d’être libre et sans réelles contraintes. «Je choisis tout ! Quand on a des enfants, deux en ce qui me concerne, il faut connaître ses priorités ; j’ai trouvé les miennes». De ce fait la conquête du marché américain ne la tente pas, elle préfère se limiter à un petit café-théâtre où le lien avec son public est plus intimiste et honnête.

Mara Tremblay, fille spontanée, femme réfléchie… musique contrastée à papillonner à volonté…
 
Hélène Lebon

Les albums de Mara Tremblay : «Chihuahua» (1999), «Papillons» (2001).
Site web : http://www.maratremblay.com/


Bruno Pelletier… loin du « Temps des Cathédrales »

Avant «Notre-Dame de Paris», Bruno Pelletier s’était déjà fait un nom au Québec, lors d’un prometteur début de carrière personnelle. Le chanteur-réalisateur-producteur a sorti, en septembre dernier, son 6e album : «Un monde à l’envers» reflète, selon lui, sa «nouvelle vision» de la vie. 

Mine de rien, cela faisait trois ans qu’il n’avait pas sorti d’album de chansons originales. «Je suis vraiment content d’être de retour. Ça fait trois ans que je recherche des chansons, j’en écris. Ça a été un long processus !» En 2001, le chanteur s’est accordé une période sabbatique bien méritée pendant laquelle il a travaillé à d’autres projets, notamment au premier album de l’auteur-compositeur Richard Small, bien connu des Québécois. Mais il a pris également un certain recul face au monde artistique. «J’ai eu le temps de m’impliquer plus à fond auprès de la fondation canadienne Rêves d’enfant, qui comme son nom l’indique offre à des gamins malades la possibilité de vivre leur rêve, tout en soutenant leurs familles. Et il m’a fallu également laisser décanter la vague post «Notre-Dame-de-Paris».

Désormais, Bruno se sent à nouveau inspiré. Dans «Un Monde à l’envers», il s’assure la collaboration de grands artistes comme Daniel Lavoie, Richard Seff, et même Charles Aznavour. On y remarque aussi un texte inédit de Léo Ferré, « Le plus beau concerto », mis en musique par Michel Art Mengo. «C’est un album où je me suis éclaté et je suis allé au bout de ma folie musicale, quelque chose que je n’avais fait que sur scène auparavant. Je pense que c’est maintenant ou jamais ! J’ai 40 ans et c’est mon sixième album !» Funk, jazz, piano et voix, un mélange qui rend ce nouvel album très vivant. Tout comme lors de ces concerts où se crée une réelle et flagrante complicité entre le chanteur, drôle à l’occasion, et le public. «Les gens se font une idée de ma personnalité à raison de trois ou quatre minutes à la télé ou à la radio. Mais seuls ceux qui viennent à mes spectacles ont une bonne idée de qui je suis». Bruno entend bien se consacrer totalement à sa tournée québécoise et française. Et pour la suite ? «Jusqu’à maintenant, on m’a proposé deux projets en Europe. Des projets plus gros que Notre-Dame, avec des thèmes assez pesants, mais traités de façon légère, très variétés, et ça ne me plaisait pas. Je n’ai plus envie de faire quelque chose juste parce que ça va marcher…».

Morgiane Achache

 

Croustillants ancêtres

«Le yâbe (le diable) est dans la cabane» pendant que l’oncle Prémi danse la gigue malgré ses 87 ans, et que la belle Margot se promène «en bikini près de la fontaine». Ces personnages, et d’autres tout aussi loufoques, se croisent dans les textes de Mes Aïeux, groupe québécois survitaminé. S’ils étaient Français, ces cinq musiciens seraient sans doute étiquetés «Nouvelle scène», entre Sinsemilia et La Tordue.

Dans leur dernier CD, «Entre les branches», sur des airs parfois traditionnels de violon ou de guitare folk, ils donnent un bon coup de pied dans l’image religieuse de leur province. Ainsi Jésus descend de sa croix pour une compétition de danse avec le diable, «il transpire même de l’eau bénite» et dans la chanson «Juste et bon» un curé bien intentionné aide Octavie à relever son jupon.

À côté de ces airs insolents, mais jamais vulgaires, le groupe «Mes Aïeux» aborde quelques thèmes moins légers comme l’alcoolisme dans «L’héritage» ou le suicide dans «Une vie de chien», où le quadrupède est finalement le seul à ne pas mettre fin à ses jours. Mais ces cinq-là ne sombrent jamais dans le pessimisme. D’ailleurs sur la pochette de leur album, ils nous lancent : «on n’est jamais sortis du bois, mais si on lève la tête, on peut apercevoir la lumière percer à travers les branches…»     

Nicolas Barriquand

Rappeur du grand froid

Lorsque Jean-Nicolas et ses amis ont commencé à écrire du rap, il y a 10 ans, ce genre était quasiment inexistant au Québec : seules les productions américaines ou françaises, des groupes comme I Am ou la Fonky Family, parvenaient à percer réellement.

Après des débuts quelque peu houleux, AfroDziak a appris à travailler textes et rythmique, lors de longues répétitions en fin de semaine au fond d’un garage. «Je parle de ce qui me touche, comme la famille, la pauvreté, ou le star system», énumère le jeune homme, qui emploie souvent du vocabulaire typiquement québécois dans ses textes. «Mais lorsqu’un sujet me révolte, je tiens à en parler sans violence, et en développant des arguments».

Malgré de petits moyens, les morceaux sont de bonne qualité, et cela marche : son dernier album «démo» a été largement diffusé par internet et à la radio.

'faire réfléchir et toucher une majorité de québécois, c'est l'enjeu de ma musique' confie jean-nicolasLe titre «L’emploi du temps» a notamment permis à AfroDziaK de se forger une réputation et d’émerger parmi la centaine de groupes de rap de la Province. «Dans ce titre, je compare les situations d’un jeune adulte sans revenu qui s’acharne à trouver un emploi et d’un Rmiste qui passe son temps à regarder la télé et à boire, et qui reçoit une rémunération sans rien faire.»

Depuis 2001, les apparitions d’AfroDziaK se sont multipliées au côté de figures du rap québécois, comme Dubmatique, Muzion, Rainmen, dont les albums sont sortis en France. Jean-Nicolas est actuellement en contrat avec une maison de disques de Québec, qui doit coproduire son prochain album, intitulé «Réflexions». La pochette de ce CD est déjà prête : on y voit un homme se regardant dans un miroir, mais y apercevant un autre visage que le sien. «Le concept, c’est que j’ai voulu aborder des sujets dans lesquels tout le monde peut se reconnaître. D’où le titre ?Réflexions’ : je souhaite faire réfléchir et toucher une majorité de Québécois, avec des sujets simples et évocateurs» affirme le jeune artiste, par ailleurs étudiant en gestion.

Ce disque très attendu devrait le faire découvrir du grand public, adepte ou non du hip-hop, et lui permettre d’être distribué dans les bacs et d’être plus largement diffusé à la radio, où le rap a d’ores et déjà acquis une place de choix. Car au Québec comme ailleurs, le rap a de nombreux adeptes chez les adolescents, qui souvent en adoptent les codes vestimentaires. Toutefois, souligne Jean-Nicolas, «le milieu artistique professionnel a du mal à nous accepter dans ses rangs. C’est un monde où subsistent de nombreuses barrières».

Samuel Goëta

Danielle Dubé, entre le monde et l’intime

danielle dubé«J’ai beaucoup à apprendre du monde qui m’entoure, c’est d’ailleurs ce dont je me nourris pour enrichir la matière de mes livres», confie Danielle Dubé, écrivain, journaliste et professeure de journalisme à Jonquière. Son premier ouvrage, « Les Olives noires » – lauréat en 1984 du prix Robert-Cliche, qui distingue le premier roman d’un auteur québécois – , se déroulait en Espagne quelques années avant la fin du régime franquiste et incriminait les abus de pouvoir, tant publics que privés. «Dans chacun de mes livres la politique a toujours été un support important, car je pense que tout est lié, la vie privée, la vie professionnelle comme l’image que les autres peuvent percevoir de nous», confie l’écrivain. Une philosophie qui se retrouve d’ailleurs dans son deuxième roman «Le dernier homme» (1991), qui narre le drame d’une journaliste frappée d’amnésie et qui remet en question la mémoire collective.
Plus tard, dans « Un été en Provence » (1999), elle s’essaie à l’écriture à quatre mains, avec son confrère et conjoint Yvon Paré. Leur récit de voyage commun livre, sur un ton très journalistique, les points de vue de deux écrivains, qui s’accordent et se complètent pour donner un tout objectif et personnel à la fois.

Enfin dans «Le carnet de Léo» (2002), Danielle rend surtout hommage à son père, décédé en 1998, dans un livre plus proche du récit intime que du roman. Ce qui ne l’empêche pas de faire parfois appel à son imaginaire et de prendre ses distances avec la réalité.

Dommage que, à ce jour, seul le premier roman de Danielle Dubé ait été édité en France. «C’est une situation malheureusement classique: les éditeurs français connaissent et s’intéressent trop peu à la littérature québécoise », déplore-t-elle.
 
Leslie Lhussiez

 

Au c?ur du vieux Montréal, le bar à chansons «Les deux Pierrots» fait monter l’ambiance presque chaque soir depuis 29 ans, grâce à des musiques populaires, connues et aimées de tous. Une institution du monde de la fête, dans une ambiance francophone et (pas trop) alcoolisée…«ambiance festive dans l'une des 'boites à chansons' les plus en vue de montréalPierrots fêtards

Quelle est la gang [la bande] la plus en forme ce soir?» lance au micro le chanteur. «La gang du rez-de-chaussée ? De l’étage ? La gang venue de France ou du Nouveau-Brunswick ?» Car on vient de loin pour écouter les artistes qui se produisent aux «Deux Pierrots», la notoriété de ce bar dépassant de loin les frontières de Montréal.

ambiance festive dans l'une des 'boites à chansons' les plus en vue de montréalDu rock au folk en passant par la variété francophone, de Louise Attaque à Sting, chaque soir, groupes ou artistes solo animent avec fougue et une bonne touche d’humour les soirées des étudiants et des moins jeunes. Ceux qui fêtent leur anniversaire ne sont pas oubliés : l’artiste leur dédicace un morceau, ou les invite à venir vider leur bière sur scène.

Les Deux Pierrots, c’est aussi cela : faire la fête entre amis, avec souvent une bonne dose d’alcool. Mais sur ce point les Québécois sont bien plus prudents que les Français : ils prennent rarement le volant après une soirée trop arrosée. Le fêtard rentrera en taxi, à pied, en métro, ou bien dormira dans sa voiture pour ne pas rentrer ivre.

Samuel Goëta

 

français d'origine, bruno philip dirige la photographie pour des films québécois

Le cinéma québécois s’est fait remarquer cette année au Festival de Cannes : «Les Invasions barbares», de Denys Arcand, y a raflé le prix du meilleur scénario et celui de la meilleure interprétation féminine pour la jeune Marie-José Croze, mettant ainsi du baume au c?ur d’une cinématographie pas toujours connue ni reconnue au-delà des frontières.

Un 7e art de retour?

Dix-sept ans après « Le déclin de l’Empire américain », son plus gros succès public, et en reprenant les mêmes personnages savoureux et truculents, Arcand réalise ainsi un historique doublé, et lorgne désormais vers les États-Unis, où « les Invasions » vont être largement distribuées, sous-titrées en anglais: un succès sans précédent dans l’histoire – d’ailleurs assez courte – du cinéma québécois.

Le 7e art est né en effet assez tard dans la Belle province, avec un retard de près de trente ans sur la France et les États-Unis. Il a été marqué dès les années 1930 par l’influence du cinéma français, puis par les bouleversements de la Seconde guerre mondiale. «Pendant de nombreuses années, notre cinéma québécois a eu de grandes difficultés à s’implanter sur son propre marché» explique Bruno Philip, directeur de la photographie à Montréal. En 1956, l’Office National du Film, organisme gouvernemental chargé de soutenir l’industrie privée, transférait son siège d’Ottawa à Montréal: un symbole de la reconnaissance d’une entité francophone au sein de cet organisme. Cette transformation profitera au cinéma québécois enlisé dans un trop long marasme: celui-ci ne redressera la barre qu’en 1960, en pleine Révolution Tranquille.

Aujourd’hui, le cinéma québécois est toujours à la recherche d’une identité, d’une culture et d’un public. «Ce cinéma est jeune, et il ne voyage que pour les festivals. Pour prendre l’exemple du marché français, il y est inexistant ! Et en fin de compte, un film québécois n’a que peu de spectateurs, c’est réellement dommage!»  estime Patrick Bouchard, jeune réalisateur de film d’animation. Au Québec même, la part de marché du cinéma local oscillait entre 10 et 12% ces dernières années, loin derrière les productions hollywoodiennes omniprésentes.

Cependant, depuis quelques années, la production locale a marqué des points avec des films comme « Elvis Gagnon » de Pierre Farlardeau, cinéaste indépendantiste engagé, « Jésus de Montréal » de Denys Arcand, ou il y a plus de vingt ans « Maria Chapdelaine » de Gilles Carle avec Carole Laure, qui furent de grands succès, y compris en France pour ces deux derniers… Le cinéma québécois semble plus que jamais jaillir d’un sommeil devenu bien trop long. Maintenant à nous de l’accepter dans nos salles!

Morgiane Achache