Contre la crise, taxons les beaux gosses !

C’est l’histoire d’un jeune homme qui travaillait dans une auberge. Il se tuait à la tâche, mais avait le droit de goûter au thé et au café que proposait l’endroit. Un jour, éprouvé par son labeur, il décidait de rester chez lui, dans la montagne. Des poissons, des baies, suffisaient à son bonheur… jusqu’au moment où l’envie de boire du thé se fit ressentir. « Je n’ai pas d’argent. Je ne peux m’en offrir. », pensait-il, « Je n’ai qu’une seule solution : recommencer à travailler. » Et il recommença à travailler. La morale : ne vous plaignez pas du labeur.

J’ai lu cette histoire dans un recueil de nouvelles destinées aux enfants. D’autres récits du même genre suivaient. Cela en dit long sur le rapport très particulier qu’entretiennent les Japonais avec le travail. Le système est basé sur la loyauté. En retour de l’emploi à vie dont il bénéficie, l’employé doit se consacrer à 200 % au travail. Par exemple, rares sont ceux à prendre leurs congés – c’est très mal vu. Quitter le lieu de travail avant son supérieur – pareil. Selon un rapport de 2002 de l’Organisation Internationale du Travail, le travailleur nippon fait 30 heures supplémentaires par mois… non payées ! Il existe même un mot – Karoushi – pour désigner « la mort due à un excès de travail ». En 2006, c’était la cause du décès de plus de 150 personnes !

Sauf que le Japon ne connaît plus la prospérité des années quatre-vingt. En l’espace de dix ans, le revenu annuel moyen d’un trentenaire est passé de 47 000 euros à 28 000 euros ! La vieillesse de la population n’engage pas à un avenir serein. Chacun se demande comment réformer le système. L’économiste Takuro Morinaga a son idée : taxer les beaux gosses ! Les personnes « laides » paieraient ainsi moins d’impôts, donc seraient plus riches et auraient plus de chances de se marier. Plus de mariages, plus de bébés, plus de population, croissance ! C’est si simple !