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Chalon dans la rue : les artistes à la rue ?

Les arts de la rue connaissent des difficultés plurielles, certaines récentes, d’autres plus anciennes. Face à cela, les artistes se mobilisent pour défendre non seulement leur profession, mais aussi la vie culturelle locale.

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Un débat organisé au Carmel sur l’avenir des arts de la rue

Un jardin, des arbres, de l’herbe tendre, une trentaine d’artistes pour certains : voilà le décor dans lequel se déroule le débat du samedi 25 juillet « L’art est public en danger ». À première vue, toutes les caractéristiques présentées ici peuvent constituer un locus amoenius, nom latin désignant un lieu agréable où l’on se retrouve entre amis, couchés dans l’herbe tendre. Au Carmel, du fait de la chaleur, il y a longtemps que l’herbe n’est plus tendre, mais là n’est pas le problème. Le philosophe Epicure avait initialement pensé le locus amoenius comme un lieu où l’on pouvait réfléchir loin de l’agitation politique, le débat organisé dans un jardin chalonnais par la FNAR (Fédération Nationale des arts de la rue), en partenariat avec l’UFISC (Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles), vise paradoxalement à émettre des revendications politiques.

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Des subventions en baisses, des spectacles trop tributaires de ces aides

La première phase du débat est consacrée au constat des problèmes que rencontrent les arts de la rue. Le premier d’entre eux, et certainement le plus médiatisé, est la baisse des subventions allouées aux différents festivals, et en particulier celle observée à Chalon-sur-Saône cette année. Ces baisses ont plusieurs causes. D’une part, 2015 est la deuxième année de mandature des maires, ils sont désormais bien installés, connaissent le fonctionnement de leurs villes et peuvent affirmer leurs décisions. D’autre part, cette baisse serait justifiée par la diminution des aides de l’État aux villes qui ne ferait que la transposer au niveau des festivals. Il s’agit de savoir pourquoi les conseils municipaux (dans cette prise de décision, les maires ont un rôle prédominant) rognent sur la culture plutôt que sur d’autres domaines (voirie, dépenses de fonctionnement, etc). Un des intervenants conseille par exemple à la mairie de Chalon de « ne pas remplacer tel ou tel trottoir cette année et d’utiliser cet argent pour des subventions à la culture ». Dernière explication que l’on peut apporter à ces baisses : les élus à la culture sont bien souvent étrangers à ce domaine, ils se sont retrouvés là par hasard et méconnaissent par exemple ce que sont les arts de la rue, ils se sentent seuls face à leurs collègues (les autres conseillers municipaux) quand il s’agit de défendre le budget de la culture. Les difficultés que rencontrent les arts de la rue s’expliquent aussi par leurs fortes dépendances aux politiques, ils sont depuis toujours financés par les pouvoirs publics, maintenant que ces derniers diminuent les budgets, le système de financement des spectacles de rue se retrouve non seulement bouleversé, mais aussi remis en cause (il leur est parfois reproché de trop vivre sur de l’argent de l’État ou des collectivités).

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La carte aux crises

Cette relation historique des artistes de rue aux hommes politiques les incite à ne pas manifester lors de baisse de budgets, c’est un des effets pervers de ce type de financements. En effet, une compagnie souhaitant continuer de recevoir des subventions sera fortement incitée à ne pas manifester ou même critiquer les baisses de budgets déjà effectués, ce système ne permet donc pas une mobilisation collective forte des artistes de la rue, un artiste déclare « on est à la merci des politiques, c’est très difficile à vivre pour nous ». Il est aussi important de parler de la place des citoyens dans ce débat, qui jusqu’à présent a eu lieu entre les artistes et les autorités publiques. Ces deux derniers essaient d’attirer les citoyens de leur côté. L’exemple le plus pertinent pour illustrer cela est celui de la carte aux crises. Ce concept permet de rendre compte du nombre de festivals supprimés ou mis en difficultés sur le territoire français du fait des baisses ou des suppressions de subventions, au total cette carte interactive en ligne en dénombre au moins 215. De son côté, le gouvernement fait une campagne de désinformation expliquant que chaque année de nouveaux festivals continuent de se créer. Le problème, c’est qu’aucun des deux acteurs du débat (artistes, autorités publiques) ne fait une synthèse des deux (création et suppression de festivals), cette vision dichotomique ne permet pas au citoyen de prendre pleinement conscience de la réalité.

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Associer les citoyens au débat, sensibiliser, convaincre les politiques

Les solutions proposées par les différents artistes de rue reposent essentiellement sur une action au niveau politique, bien que certains pensent envisageable de réformer le modèle de financement de leurs créations. Une des méthodes douces avancée réside dans la pédagogie, puisque certains élus à la culture ne connaissent que peu de choses à leur domaine, les artistes doivent être à leur côté afin de leur expliquer ce qu’ils font, pourquoi ils le font et quels sont leurs besoins, on pourrait résumer cela en mot : du lobbyisme. C’est bien évidemment une solution de long terme, mais qui n’en est pas moins nécessaire. Un autre moyen de sensibiliser les hommes politiques aux difficultés financières des artistes de rue serait d’associer les citoyens au débat et de les faire se mobiliser pour exprimer leur envie de conserver cette culture accessible, rappelons que le principe des arts de la rue est que les comédiens, les chanteurs, musiciens, danseurs et autres artistes sortent des théâtres, des salles de spectacles, des opéras pour aller au plus près de la population dans la rue. Il faut noter que pour nombre de personnes qui résident à Chalon ou aux alentours, le festival Chalon dans la rue constitue la seule exposition à l’art qu’ils ont dans l’année.

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Un livre blanc publié, une carte postale de soutien, sollicitation du monde associatif

Pour que les citoyens et les élus connaissent davantage les arts de la rue, un livre blanc sera publié sous peu, œuvre qui fera l’historique de cet art particulier. Un dispositif parallèle a déjà été mis en place, il s’agit d’une carte postale que tout festivalier de Chalon dans la rue peut acheter pour 1 euro, ce dernier y inscrit ensuite un message pour montrer son soutien au festival, elle doit ensuite être envoyée au maire de la ville. Une telle action avait déjà été mise en place l’année dernière, mais à un niveau plus élevé, le principe était le même, mais les cartes étaient envoyées au président de la République, M. François Hollande. Le service de presse de l’Élysée a confié qu’il en avait reçu environ 7 800. Enfin, la dernière solution, et certainement la plus réfléchie et qui nécessite un certain courage de la part des artistes, est de refonder le modèle économique des arts de la rue. Certains proposent ainsi d’avoir d’avantage recours au monde associatif qui qu’alors était relativement peu sollicité. Cette réflexion doit être approfondie, on peut imaginer faire participer des économistes, scientifiques qui n’ont encore jamais travaillé sur le problème du financement des arts de la rue. On sait par exemple que les sources de financements venant du privé ne sont qu’insuffisamment explorées.

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Une question reste cependant en suspend et divise les artistes : face à la situation difficile qu’ils connaissent, l’heure est-elle à l’action ou à la réflexion ?

Nous avons contacté la mairie de Chalon-sur-Saône, la présidence du Grand Chalon pour qu’ils nous donnent leurs points de vue sur ces questions, nous n’avons obtenu aucune réponse. Pour contrebalancer le point de vue des artistes, nous vous recommandons vivement de consulter le communiqué du Maire de Chalon (M. Gilles Platret).