Chalon à l’heure argentine

Jeudi soir, 20 heures, les acteurs argentins de la pièce de Daniel Veronese Le développement de la Civilisation à Venir se sont emparés de la scène du théâtre Piccolo et ont transporté le public dans un tourbillon d’émotion et de culture.

« On se croyait presque en Argentine », c’est la réaction de Chayma, 16 ans, à la sortie du spectacle.

Encadrés par leurs professeurs d’histoire-géographie et d’espagnol, les élèves des sections européennes et bachibac du lycée Pontus de Tyard ont assisté à une représentation de la pièce argentine Le Développement de la Civilisation à Venir ; adaptation moderne et libre de la pièce d’Henrik Ibsen Maison de Poupées, mise en scène par Daniel Veronese. « Ils sont nés dans la langue, on est dans la culture. » ajoute Marie, une élève de la section européenne espagnol, à propos des protagonistes Maria Figueras (Nora), Carlos Portaluppi (Jorge), Paula Iturriza (Cristina), Luciano Suardi (Krogstad) et Berta Maria Gagliano (le Dr Rank).

 « Une représentation d’un drame qui pourrait arriver à tout le monde. »

De gauche à droite - Luciano Suardi (Krogstad), Berta Maria Gagliano (Dr Rank), Paula Iturriza (Cristina), Carlos Portaluppi (Jorge)Le Développement de la Civilisation à Venir met en scène Nora, une femme qui veut se défaire de son mari à tout prix. Avide d’indépendance, elle est prête à tout pour atteindre la liberté…même à commettre un délit. Jorge, son mari, croit vivre un mariage heureux. Mais quand la vérité éclate, son monde s’effondre. « Il est responsable de toute l’histoire mais il ne le comprend pas », ajoute Serena pour qui il est le personnage préféré.

Arrive alors Cristina, vieille amie de Nora. Elle retrouve par hasard Krogstad, son ex-amour, personnage sombre et mystérieux qui n’est autre que le complice de Nora.

Le tout sous les yeux de la docteure Rank qui assiste, impuissante, à la descente aux enfers du couple.

Le Développement de la Civilisation à Venir est, expliquent les acteurs, une bonne représentation de la société Argentine, machiste et opprimante pour la femme, où la violence conjugale est chose courante.  La prévention se met doucement en place à Buenos Aires mais il reste encore « beaucoup de Nora », insistent-ils.

 « Jouer, c’est libérer l’expression… »

Interview avec Carlos Portaluppi.Avec 50 à 60 pièces à l’affiche chaque semaine, Buenos Aires offre aux acteurs une multitude d’opportunités. Malgré cela, sans statut d’intermittent du spectacle, il est très difficile de vivre du théâtre en Argentine. Mais l’amour du jeu est plus fort que tout et pour Paula Iturriza (Cristina), la beauté du théâtre, c’est quand « fiction et réalité se mélangent et que tu fais de la fiction une part de ta réalité ». Luciano Suardi (Krogstad) ajoute que pour lui, le théâtre commence par le choix du personnage qu’il veut interpréter : « J’aime jouer que je suis une autre personne pour un moment, entrer dans le personnage et me dire  »qu’est-ce que je peux lui prêter ? » ». En résumé, pour les acteurs du Développement de la Civilisation à Venir, « c’est un monde très grand, celui du théâtre », un monde de «présent pur» qui permet d’instaurer une relation particulière avec le public.

« On choisit ce qu’on veut raconter. »

Après le choix des personnages vient l’histoire : Considérée à sa sortie comme une œuvre avant-gardiste, Maison de Poupée n’aurait plus le même impact aujourd’hui. Mais qu’une femme veuille abandonner mari et enfants continue de faire réagir et le thème traité reste finalement d’actualité. C’est le message que veulent transmettre les acteurs. Si la pièce a été modernisée, si le langage, les costumes et les décors sont différents de l’œuvre originale, la pièce conserve néanmoins la recette de départ et le fond de l’histoire est toujours aussi saisissant. Pour Ludivine, élève de première européenne, « la détresse de Nora est poignante et les personnages et leurs situations sont émouvants ».

À la sortie du théâtre, les avis sont donc plutôt positifs et Monsieur Larue, professeur d’histoire, se dit prêt à renouveler dès que possible cette expérience « enrichissante pour les élèves ». Tant les lycéens que les professeurs ont apprécié le spectacle et sa fin originale qui laisse certains, comme Antoine, perplexes, et permet à chacun de s’imaginer une suite selon la Nora qu’il ou elle aurait été.

Une intrigue actualisée, une interprétation libre et moderne qui se joue des règles du théâtre d’autrefois, des artistes talentueux, mais si vous souhaitez découvrir quelle Nora vous auriez été, il faudra attendre la prochaine tournée en février pour retrouver la troupe argentine en métropole.

 

Henrik Ibsen (1828-1906) est un dramaturge Norvégien. Maison de Poupées (dont est tiré Le Développement de la Civilisation à Venir), Peer Gynt et Hedda Gabler sont ses œuvres les plus connues. Il y réunit des éléments psychologiques, sociaux et idéologiques. À la recherche de liberté, il s’exile volontairement pendant 27 ans et voyage à travers toute l’Europe. Maison de Poupées, son premier succès international, fut source de débats animés de part les idées révolutionnaires qu’elle présente sur la condition de la femme.

Après avoir donné plusieurs représentations en Espagne, la dernière étape de la tournée du Développement de la Civilisation à Venir se faisait en France. Après trois soirées à Chalon-sur-Saône, la tournée se poursuivra dans le Sud de la France, avec notamment un passage à Toulouse et Draguignan, avant le retour en Argentine.

Le développement de la civilisation à venir reviendra en France au mois de février, puis la tournée se poursuivra en Suisse et en Hollande.