Ces Israéliens exclus

Les 1 100 000 Arabes musulmans vivant en Israël sont des victimes indirectes du conflit opposant leurs compatriotes aux Palestiniens. Des associations, comme Sadaka Reut, se sont mobilisées pour apaiser ces relations.

 

Miriam Abed El-Dayyem: "Les Arabes israéliens sont des citoyens de seconde zone"
Miriam Abed El-Dayyem: « Les Arabes israéliens sont des citoyens de seconde zone »

« Les autorités israéliennes ne considèrent que la religion ! » Dans la bouche de Youssouf, musulman délesté de ses terres à Jérusalem-Est par des colons juifs, cet aveu amer résonne comme une critique de l’État d’Israël. Sa faute : avoir suivi les versets du Coran dans le « foyer de peuplement juif ». Aujourd’hui, son ancienne propriété abrite des maisons de pierres sur lesquelles est exposée une ribambelle de drapeaux siglés de l’étoile de David.

Il existe pourtant des « malgré nous », plus d’un million de musulmans sunnites, soit un peu moins d’un Israélien sur cinq, qui vivent avec ces deux identités que tout oppose en Terre sainte : arabe et israélienne.

En 1948, Israël s’empare de la Palestine. Des milliers de personnes sont expulsées vers le Liban ou l’Est, environ 300 villages sont détruits. Les rares Arabes qui résistent sur leurs terres deviendront citoyens israéliens en 1956. « Des citoyens de seconde zone ! », tempère immédiatement Miriam Abed El-Dayyem, qui partage ce signalement si particulier.

Depuis plus d’un demi-siècle, aucune nouvelle ville arabe n’a été construite pendant que florissaient les implantations juives. Pis, nul permis de construire n’est alloué à cette population. « De plus, à l’école, il est devenu illégal de parler de la naqba palestinienne », rajoute Noa Nissenboim, une activiste juive : « Les préjugés entre les deux communautés se multiplient alors, favorisant un climat de méfiance mutuelle. À mon avis, ce sentiment continue de s’exacerber au fil des années. La population juive adopte les positions strictes du gouvernement.»

Des tags haineux nettoyés à Tel-Aviv

Cette jeune femme poursuit : « Il faut que chacun apprenne à mieux connaître l’autre. Un contact, un dialogue s’imposent. » Avec Miriam, elle appartient au groupement Sadaka Reut qui s’est engagé sur ce chemin dans la région de Tel-Aviv. Créée en 1983, c’est l’une des quatre associations binationales reconnues à la fois par Israël et l’Autorité palestinienne.  « Notre but est d’organiser des projets en commun entre jeunes Juifs et Arabes israéliens», explique Noa.

À Jaffa, une cité historiquement arabe qui offre la meilleure vue sur la plage et les gratte-ciel de Tel-Aviv l’Israélienne, Sadaka Reut a inventé le Markaz, un centre de coopération intercommunautaire. Au programme : musique, théâtre, cinéma, photographie et actions politiques. Par exemple, un groupe de hip-hop, « Système Ali », s’est formé, chantant en hébreu, arabe, anglais et russe. Et en novembre 2009, une action de nettoyage des tags incitant à la haine communautaire dans les rues de Tel-Aviv a été menée.

« On ne reconnaît plus nos adhérents après un an chez nous ! », sourit Miriam Abed El-Dayyem. Noa Nissenboim renchérit : « Comme quoi, il faut continuer à garder espoir malgré une situation actuellement compliquée ! »