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On m’aurait menti!?

On m’aurait menti!? Où sont passés les paysages de désolation, la tristesse et la grisaille qu’on s’attend à trouver dans tout pays d’Europe de l’Est qui se respecte? Comment se fait-il que tout paraisse si accueillant et coloré? Ciel bleu, champs verts, cerisiers en fleurs. Et oui, nous sommes pourtant en Roumanie.
Bien sûr, Timisoara compte aussi son lot d’immeubles décatis, d’enfants des rues, de chiens errants et de routes défoncées, mais il ne faut pas faire une fixation là-dessus. Après tout, cela ne fait que onze ans que le pays est sorti de la dictature de Ceausescu.
Il n’empêche que cette ville semble bien agréable à vivre, avec ses grands parcs pleins de jeux pour enfants (vive le tourniquet!), ses superbes églises, ses imposantes cathédrales, ses rues piétonnes (qui rappellent Dijon) et ses grandes places entourées de maisons aux façades oranges, rouges, bleues… Ce qui est aussi étonnant, c’est le peu de différences qui existent entre les jeunesses française et roumaine: même façon de s’habiller, de parler, de s’amuser entre copains.
Heureusement que des charrettes passaient de temps en temps dans les rues pour nous rappeler que nous étions bien en Roumanie!

Quand l’Eglise s’adresse aux jeunes

Le christianisme en Roumanie, en particulier l’orthodoxie, qui bénéficie aujourd’hui de l’ouverture politique, entreprend de nombreuses activités pour sensibiliser les jeunes. Des messes spéciales réservées à ce public particulier, en passant par les cours de religion à l’école, Mgr Corneanu prétend « laisser la liberté de conscience aux jeunes » mais ne peut que se féliciter du boom des vocations. Continuer la lecture de Quand l’Eglise s’adresse aux jeunes

Quand je bois Buzias je me sens bien

Vous êtes las de la vie et de son agitation? Vous êtes fatigué, vous avez mal partout? La ville de Buzias est peut-être ce qu’il vous faut.
A une trentaine de kilomètres de Timisoara, au bout d’une route en ligne droite digne d’un film américain, à travers la campagne qui verdoie sous le ciel, cette petite bourgade, de prime abord, ne paie pas de mine. Eglise orthodoxe, petits commerces, rues désertes… Pourtant, les hôtels qui parsèment la ville nous mettent la puce à l’oreille: vous l’auriez deviné, Buzias est une station thermale. Sur chaque fontaine, qu’elle soit en forme d’arbre ou de simple robinet, un panneau indique ce que sa source est censée guérir: coliques chroniques, séquelles après une opération vésiculaire, maladie mentale ou problèmes urinaires… chacun y trouve son bonheur. Et pour accentuer leurs vertus médicales, leur goût est aussi mauvais que celui des médicaments! Il est sûr qu’avec leur taux en minéraux elles ne peuvent qu’être bénéfiques pour l’organisme. Et si vous les embouteillez, elles prendront une jolie couleur rouille, due au dépôt de leurs minéraux.
C’est une idée de cadeau-souvenir comme une autre. Au vu des files d’attente qui se forment devant les sources et des groupes aux portes des hôtels, ces cures attirent généralement les gens d’un certain âge. Les jeunes, quant à eux, viennent plutôt à Buzias pour se promener dans son superbe parc. Un véritable havre de paix, avec ses grands arbres, ses bancs, ses allées dallées, et ses galeries couvertes en bois sculpté… Les amis des bêtes seront ravis de voir de nombreux écureuils pas timides pour un sou s’approcher tout près d’eux, pour peu qu’ils imitent le bruit de noisettes s’entrechoquant. Écureuils, calme et volupté… mieux que des antidépresseurs, à défaut d’être vraiment plus efficaces qu’une visite chez le médecin!

« Roumains : fiers sans être imbus d’eux-mêmes… »

Six ans après sa première venue un français témoigne

Claudiu Balint, rédacteur en chef TireLire: Par rapport à votre précédente visite, comment trouvez-vous la ville, les gens?
Arnaud Bouvier, jeune journaliste professionnel, fondateur de Typo et conseiller durant le voyage en Roumanie: « Les Roumains me semblent toujours aussi chaleureux et accueillants, et de plus ceux que je rencontre ont une connaissance de la culture française toujours très impressionnante. De ce côté-là je ne suis pas surpris!
Timisoara a été un peu rénovée: les façades, les chaussées, les infrastructures de transport ont désormais un aspect plus moderne. L’éclairage nocturne de la cathédrale orthodoxe est une réussite et il est devenu très agréable de faire une balade nocturne en ville. Peut-être plus que la dernière fois, j’ai l’impression que Timisoara est une ville agréable à vivre, cependant j’ai trouvé que depuis cinq ans les rénovations n’ont pas été très nombreuses, je m’attendais à un peu plus de changement. »

C.B.: Quelle est votre opinion sur l’intégration de la Roumanie dans l’UE et l’OTAN?
A.B.: « Pour ce qui est de l’OTAN, je ne suis pas très au fait de la situation de l’armée roumaine et de ses équipements, mais a priori, je ne vois pas pourquoi votre pays ne pourrait pas rejoindre très rapidement l’Alliance. La vraie question concerne en fait le soutien de l’opinion publique aux actions de l’OTAN: la Roumanie aurait-elle pu s’engager dans les bombardements sur Belgrade, en 1999, pour mettre fin au régime Milosevic?
Quant à l’intégration dans l’UE, il est évident que le chemin sera encore long, ne serait-ce qu’en raison des différences de salaire. Sur le plan économique, l’UE est un seul et même pays, où les marchandises, mais aussi les travailleurs, peuvent circuler librement.
Il n’est donc guère envisageable d’intégrer la Roumanie à l’Union tant que le salaire minimal est dix fois inférieur. Et puis il semble qu’il reste quelques points à éclaircir sur le plan des libertés individuelles, notamment sur la protection des minorités et de l’homosexualité. Le fait que le parti d’extrême droite România Mare soit parvenu au second tour des dernières élections a également un peu fait peur à l’Europe, mais ce problème là sera sans doute rapidement résolu. Bref, d’ici dix ans, j’espère que vous nous rejoindrez, et peut-être même que vous adopterez l’euro. »

C.B.: Les Roumains ont toujours l’obligation de demander un visa pour accéder au territoire de l’Union, alors que les Bulgares, depuis peu, en sont dispensés. Qu’en pensez-vous?
A.B.: « Dans la mesure où il s’agit de visas de tourisme, et non pas de travail, je ne vois pas pourquoi on devrait craindre une arrivée massive de travailleurs immigrés, et donc je pense que la liberté de circuler devrait être octroyée aux Roumains.
En attendant, je trouve absurde que vous ne puissiez pas demander votre visa au consulat d’Allemagne, par exemple, alors que l’Allemagne, comme la France, est membre de l’espace Schengen. »

C.B.: En comparaison avec d’autres pays, qu’est-ce qui manque à la Roumanie pour être admise dans l’UE?
A.B.: « Probablement la Roumanie avait-elle dès 1989 un retard économique plus marqué vis-à-vis de l’Ouest que ses voisins de l’ancien bloc soviétique, et ce retard perdure aujourd’hui. Cette différence a sans doute été accentuée par la concentration des investissements occidentaux en Pologne, en Hongrie et en République tchèque plus qu’en Roumanie.
Quoi qu’il en soit, la candidature de la Roumanie doit être traitée comme celle des autres pays candidats. Son intégration se fera uniquement après la réduction de la corruption et de la bureucratie. Le pays devra également connaître une croissance économique continue pendant plusieurs années. »

C.B.: Quelle est l’image de la Roumanie dans les médias français et européens?
A.B.: « Pour être honnête, il faut avouer qu’on ne parle pas souvent de votre pays chez nous. Je crois que lorsqu’on dit « Roumanie », les gens pensent à un pays pauvre, ravagé par une longue dictature. Ils pensent aux Dacias, à l’image du couple Ceausescu fusillé le matin de Noël 89, à une économie en transition dont les difficultés sont parmi les plus importantes à l’Est. Ils pensent à des paysages de campagne, aux Carpates, à la tradition des oeufs de Pâques décorés, et aussi, c’est vrai, à la francophonie: les Français savent, en général, que leur langue est très utilisée en Roumanie. »

C.B.: Croyez-vous que la religion joue un rôle dans l’enrichissement de la vie spirituelle d’un pays, et à cet égard pouvez-vous faire un parallèle entre la manière dont on vit sa foi en France et en Roumanie?
A.B.: « Je comprends qu’après quarante ans de communisme les Roumains soient heureux de pouvoir se tourner à nouveau vers la religion en totale liberté. Cela leur est sans doute d’un grand secours pour faire face aux difficultés de cette transition. Le revers du capitalisme, est souvent, malheureusement, l’individualisme. C’est pourquoi je pense que la spiritualité peut aider les Roumains à rester solidaires.
Toutefois, étant convaincu de l’importance de la laïcité, je pense que la religion ne devrait pas être enseignée à l’école publique, à moins que toutes soient évoquées. La foi relève de la liberté individuelle. L’Etat, par l’intermédiaire de l’école, n’a pas à s’en mêler: il doit uniquement veiller à ce que chacun puisse pratiquer sa foi en toute liberté et donner à ses enfants l’éducation religieuse de son choix.
Par ailleurs, je suis toujours méfiant lorsqu’une Eglise officielle acquiert une place trop importante aux côtés de l’Etat, ce qui est trop souvent le cas dans les pays orthodoxes.
Par exemple, en Grèce, un pays pourtant membre de l’Union Européenne, l’Eglise orthodoxe fait pression pour maintenir la mention de la religion sur les cartes d’identité, ce qui n’est pas digne d’un pays moderne et démocratique. En Serbie, elle a longtemps soutenu la dictature nationaliste de Milosevic. Elle a appuyé Eltsine puis Poutine dans leurs atrocités en Tchétchènie. »

C.B.: Que pensez-vous des jeunes Roumains? Ont-ils quelque chose de plus ou de moins que les jeunes Français ou les autres Européens?
A.B.: « La jeunesse que j’ai rencontrée ici me semble totalement semblable à celle que j’ai pu voir en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Elle aime le foot, la musique, les bars, le bowling, le ciné… comme partout! Mais les jeunes Roumains ont probablement une qualité que nous n’avons pas: ils sont débrouillards et ont l’esprit d’entreprise car ils savent que leur pays a un grand potentiel de développement. »

C.B.: En guise de conclusion quels conseils voudriez-vous donner aux jeunes de Roumanie?
A.B.: « Des conseils, c’est un bien grand mot… Je ne vois pas de quel droit je leur donnerais des conseils. Je leur dirais de rester comme ils sont: fiers de leur pays sans être imbus d’eux-mêmes, ouverts sur l’extérieur sans considérer l’étranger comme un eldorado, conscients des difficultés de la Roumanie mais désireux d’agir pour la faire se relever et avancer. »

Propos recueillis par Claudiu Balint

Si petit et si vide d’espoir

Dans un hôpital de Timisoara, Mihaela veille chaque jour sur son petit frère Victorian atteint du sida. Elle nous fait part de ses difficultés, de ses angoisses, et du mystère d’une contamination toujours inexpliquée.

Est-ce que les enfants savent qu’ils sont malades?
« Certains le savent car leur mère le leur a dit, mais d’autres pas. Mon frère sait qu’il est contaminé, mais il pense que ça va passer, comme un rhume. Le traitement est très éprouvant, nous avons voulu rentrer à la maison l’autre jour mais il a fallu repartir aussitôt pour qu’il ait ses médicaments et ses piqûres. »

Selon vous, comment les enfants ont-ils été contaminés?
« On ne sait pas exactement, même les médecins ne savent pas expliquer ce qui s’est passé. Mais comme vous pouvez le remarquer, tous les enfants ont entre dix et quatorze ans.
Nous n’avons aucune preuve, mais nous pensons que les enfants ont été contaminés lorsqu’ils étaient bébés par des vaccins contenant du sérum contaminé par le virus HIV. Je ne peux pas dire d’où provenaient ces vaccins mais tout est arrivé entre 1988 et 1991.
Comment expliquer sinon que toute ma famille soit saine et que mon petit frère soit malade? Il a reçu une seule transfusion de sang, quand il avait trois mois. »

Y a-t-il des enfants malades qui n’ont pas reçu de transfusion sanguine?
« Oui, la plupart n’ont jamais été ni hospitalisés ni transfusés avant leur contamination. En ce qui concerne mon frère, il n’est jamais retourné à l’hôpital depuis son unique transfusion, sauf pour se faire vacciner. Il n’est pas possible qu’il ait contracté la maladie autrement puisqu’il n’a eu aucun contact avec le virus. »
L’hôpital reçoit-il des aides?
« Certains visiteurs viennent nous saluer, jouer avec les enfants, nous filmer ou nous photographier. Ils promettent d’agir, de trouver des aides, mais ils partent sans même nous donner un coup de fil ou une carte. De même, les enfants ont reçu pour Pâques des chocolats. Le problème est que ce n’est pas de chocolat dont ils ont besoin. C’est de médicaments, de nourriture, de fruits frais, de viande… »

Quelles relations avez-vous avec les médecins?
« L’hôpital n’est pas un des meilleurs, mais ici les médecins sont très bons, c’est pour cela que j’ai fait transférer mon frère dans cet établissement. Les médecins nous aident beaucoup et nous donnent tout ce qu’ils sont en mesure de nous offrir. Par exemple, pour Pâques, ils nous ont offert des cadeaux et de la nourriture avec leur salaire. »

Quel est votre souhait le plus cher?
« J’aimerais que mon frère guérisse. Les médecins nous ont expliqué tout ce que nous devions savoir sur la maladie: l’espérance de vie, la souffrance… Ils nous ont dit que le temps qui leur restait à vivre dépendait de leur résistance.
Il se peut que mon frère atteigne vingt ou trente ans, mais il serait encore plus douloureux de le perdre à cet âge-là que de le perdre maintenant ou même plus petit.
Il ne pourra pas fonder une famille, il va beaucoup souffrir avant de mourir et je crois qu’il commence à comprendre petit à petit la vérité et quelle issue lui réserve sa maladie. »

Un dimanche à la campagne

Des troncs peints défilent le long de la route. À l’origine, la peinture blanche qui les couvre servait à empêcher les insectes de ronger le bois, mais aujourd’hui, c’est devenu une tradition, une question d’esthétique. Alors, pour qu’ils se fondent dans le paysage, les poteaux en béton y passent aussi.
Autour, les champs sont uniformément verts dans un paysage plat. La plupart semblent en friche, malgré quelques labours noirs qui apparaissent ici et là, montrant une terre peu riche et détrempée. Une centaine de moutons vont et viennent aux abords du village, sous le regard du berger communal, responsable du troupeau composé des bêtes de tous les fermiers du village.
Les maisons, basses et longues, s’alignent le long d’un large chemin de terre bordé d’arbres. Elles éclairent la grisaille de leurs couleurs. Des voitures, mais aussi des charrettes à chevaux, passent au milieu des oies, des poules et des canes qui promènent leurs petits en totale liberté.
La façade d’une des maisons est bleu pastel, ornée de moulures blanches. Dans la cour boueuse mais propre, un chien dort au milieu des poules. Une dizaine de cochons, une vache et son veau, quelques moutons, un grand champ derrière la maison, où l’on repiquera les plants qui germent pour l’instant sous serre. Les paysans montrent volontiers au visiteur comment on égrenait le maïs à la main, il y a quelques années à peine. Puis la longue tenture de broderie blanche s’ouvre sur un intérieur un peu kitsch. Des tapisseries faites main, représentant des tigres ou des lions couvrent les murs, et les broderies traditionnelles pendent devant toutes les portes et fenêtres.
Dans un flot de paroles et de sourires, les hôtes offrent du gâteau, du pain fait maison, – « regarde, cuit dans le four, là-bas, derrière la maison » – et du soda américain. Toute la famille est réunie sous le même toit, de l’arrière-grand-mère aux petites jumelles qui font la sieste dans une pièce à côté.
En somme, beaucoup de générosité et d’hospitalité, comme toujours chez les habitants de ce pays chaleureux, malgré des conditions de vie assez archaïques et difficiles. Et surtout, une simplicité et une intimité qu’on rencontre peu chez nous.

Un jour d’aumône pour la fête des morts

Le dimanche après Pâques, les orthodoxes célèbrent la Pâque des morts, c’est-à-dire le jour de la première réapparition de Jésus après sa résurrection. Mais cette fête est aussi celle des pauvres. Après la messe, les fidèles vont au cimetière avec un panier de nourriture à distribuer aux plus démunis. Tous les nécessiteux de la ville, principalement des Tziganes, se réunissent dans les cimetières à cette occasion. Continuer la lecture de Un jour d’aumône pour la fête des morts

Vers l’Europe

Lors de notre séjour en Roumanie, nous avons eu l’occasion de rencontrer des représentants de l’administration locale notamment le vice-président du conseil général de Timis et le 1er adjoint de la mairie de Timisoara. Nos interlocuteurs ont souvent mis en avant la volonté du gouvernement d’ouvrir les frontières du pays vers l’Ouest. « Nous avons besoin de la lumière des pays de l’Ouest pour grandir », a ainsi déclaré le premier adjoint au maire de Timisoara, Adrian Orza (Parti Libéral – réélu aux élections municipales de 2000). « Nous désirons évoluer dans un souci de renouveau, c’est pour cela d’ailleurs que nous nous préoccupons tout particulièrement de la promotion des jeunes dans l’administration roumaine », ajoute-t-il. Dans la mesure de leurs moyens, les autorités tentent d’encourager les projets francophones qui tendent à entretenir une ouverture vers l’Europe de l’Ouest, grâce aux nouveaux moyens de communication et aux amitiés susceptibles de naître entre jeunes roumains et français. « Les frontières doivent disparaître. Il est possible aujourd’hui, grâce à la globalisation des moyens de communication comme Internet, de dépasser les barrières qui s’étaient dressées entre les pays occidentaux et notre pays avant la Révolution de 1989. » La Roumanie est donc en train de construire sa démocratie, et ce malgré le manque chronique d’argent. Une grande partie du budget municipal est en effet destiné en premier lieu à la lutte contre la pauvreté, avec l’aide des organisations non gouvernementales (ONG), et à l’entretien des infrastructures de la ville.

Une identité qui se cherche

Le système politique roumain est désormais similaire au système français. Le président de la République, élu au suffrage universel direct, nomme un Premier ministre après consultation des principaux partis politiques, en tenant compte de leurs poids respectifs au sein du Parlement. Celui-ci est composé de deux chambres, la Chambre des députés et le Sénat, qui disposent d’une grande influence sur les décisions gouvernementales. On peut noter que chaque minorité ethnique a droit à un représentant au parlement.
Les dernières élections du 26 novembre 2000 ont porté à la tête de l’État le Parti de la Démocratie Sociale (PDS), formation du nouveau président, Ion Iliescu. Le Premier ministre Adrian Nastase, membre du même parti, a formé un gouvernement minoritaire, n’ayant obtenu que 46 % des sièges à la Chambre des députés. Pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti de la Grande Roumanie (PMR, extrême droite), qui a obtenu 22 % des voix au premier tour et 26,2 % au second, les partis de l’opposition démocratique se sont alliés pour voter la confiance au gouvernement Nastase. L’arrivée du PMR aux affaires aurait en effet remis en cause une éventuelle adhésion de la Roumanie à l’Union européenne.
Après cette dernière alternance droite-gauche, les Roumains ne semblent pas percevoir ces changements comme une forme d’instabilité :
« Je ne vois pas la succession de la droite et de la gauche comme une instabilité politique, c’est la volonté de l’électorat », témoigne Ionel Craciun, ingénieur engagé dans la vie politique de son pays. « Les partis politiques se sont fixé un objectif stable devant les problèmes difficiles. La preuve en est qu’ils se sont tous mis d’accord pour faire barrage à l’extrême droite. »
Selon lui, un problème plus concret est l’insuffisance de la décentralisation, donc du manque de pouvoir des collectivités locales. Cela est dû d’après lui à l’histoire d’un pays en reconstruction: face à des provinces issues d’aires géopolitiques très différentes, Bucarest se montre très réticente à diluer une part de son pouvoir.
Aujourd’hui, le pouvoir réel des municipalités ne peut s’exercer qu’en matière de fiscalité locale, d’investissements étrangers et d’infrastructures, le tout en fonction du budget disponible.
Cependant, en dépit d’une tendance générale de la population à vouloir définitivement sortir le pays de la dictature, la confiance accordée aux hommes politiques reste très fragile, comme en témoigne la baisse du taux de participation des Roumains aux dernières élections.
L’ère d’une nouvelle Roumanie, ouverte vers l’Occident et prête à de nombreuses concessions pour intégrer l’Union européenne, tend à s’amorcer.