Archives de catégorie : Hors Séries

Magazines réalisés lors de missions journalistiques en francophonie ou sur des thématiques.

Un dimanche à la campagne

Des troncs peints défilent le long de la route. À l’origine, la peinture blanche qui les couvre servait à empêcher les insectes de ronger le bois, mais aujourd’hui, c’est devenu une tradition, une question d’esthétique. Alors, pour qu’ils se fondent dans le paysage, les poteaux en béton y passent aussi.
Autour, les champs sont uniformément verts dans un paysage plat. La plupart semblent en friche, malgré quelques labours noirs qui apparaissent ici et là, montrant une terre peu riche et détrempée. Une centaine de moutons vont et viennent aux abords du village, sous le regard du berger communal, responsable du troupeau composé des bêtes de tous les fermiers du village.
Les maisons, basses et longues, s’alignent le long d’un large chemin de terre bordé d’arbres. Elles éclairent la grisaille de leurs couleurs. Des voitures, mais aussi des charrettes à chevaux, passent au milieu des oies, des poules et des canes qui promènent leurs petits en totale liberté.
La façade d’une des maisons est bleu pastel, ornée de moulures blanches. Dans la cour boueuse mais propre, un chien dort au milieu des poules. Une dizaine de cochons, une vache et son veau, quelques moutons, un grand champ derrière la maison, où l’on repiquera les plants qui germent pour l’instant sous serre. Les paysans montrent volontiers au visiteur comment on égrenait le maïs à la main, il y a quelques années à peine. Puis la longue tenture de broderie blanche s’ouvre sur un intérieur un peu kitsch. Des tapisseries faites main, représentant des tigres ou des lions couvrent les murs, et les broderies traditionnelles pendent devant toutes les portes et fenêtres.
Dans un flot de paroles et de sourires, les hôtes offrent du gâteau, du pain fait maison, – « regarde, cuit dans le four, là-bas, derrière la maison » – et du soda américain. Toute la famille est réunie sous le même toit, de l’arrière-grand-mère aux petites jumelles qui font la sieste dans une pièce à côté.
En somme, beaucoup de générosité et d’hospitalité, comme toujours chez les habitants de ce pays chaleureux, malgré des conditions de vie assez archaïques et difficiles. Et surtout, une simplicité et une intimité qu’on rencontre peu chez nous.

Un jour d’aumône pour la fête des morts

Le dimanche après Pâques, les orthodoxes célèbrent la Pâque des morts, c’est-à-dire le jour de la première réapparition de Jésus après sa résurrection. Mais cette fête est aussi celle des pauvres. Après la messe, les fidèles vont au cimetière avec un panier de nourriture à distribuer aux plus démunis. Tous les nécessiteux de la ville, principalement des Tziganes, se réunissent dans les cimetières à cette occasion. Continuer la lecture de Un jour d’aumône pour la fête des morts

Une identité qui se cherche

Le système politique roumain est désormais similaire au système français. Le président de la République, élu au suffrage universel direct, nomme un Premier ministre après consultation des principaux partis politiques, en tenant compte de leurs poids respectifs au sein du Parlement. Celui-ci est composé de deux chambres, la Chambre des députés et le Sénat, qui disposent d’une grande influence sur les décisions gouvernementales. On peut noter que chaque minorité ethnique a droit à un représentant au parlement.
Les dernières élections du 26 novembre 2000 ont porté à la tête de l’État le Parti de la Démocratie Sociale (PDS), formation du nouveau président, Ion Iliescu. Le Premier ministre Adrian Nastase, membre du même parti, a formé un gouvernement minoritaire, n’ayant obtenu que 46 % des sièges à la Chambre des députés. Pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti de la Grande Roumanie (PMR, extrême droite), qui a obtenu 22 % des voix au premier tour et 26,2 % au second, les partis de l’opposition démocratique se sont alliés pour voter la confiance au gouvernement Nastase. L’arrivée du PMR aux affaires aurait en effet remis en cause une éventuelle adhésion de la Roumanie à l’Union européenne.
Après cette dernière alternance droite-gauche, les Roumains ne semblent pas percevoir ces changements comme une forme d’instabilité :
« Je ne vois pas la succession de la droite et de la gauche comme une instabilité politique, c’est la volonté de l’électorat », témoigne Ionel Craciun, ingénieur engagé dans la vie politique de son pays. « Les partis politiques se sont fixé un objectif stable devant les problèmes difficiles. La preuve en est qu’ils se sont tous mis d’accord pour faire barrage à l’extrême droite. »
Selon lui, un problème plus concret est l’insuffisance de la décentralisation, donc du manque de pouvoir des collectivités locales. Cela est dû d’après lui à l’histoire d’un pays en reconstruction: face à des provinces issues d’aires géopolitiques très différentes, Bucarest se montre très réticente à diluer une part de son pouvoir.
Aujourd’hui, le pouvoir réel des municipalités ne peut s’exercer qu’en matière de fiscalité locale, d’investissements étrangers et d’infrastructures, le tout en fonction du budget disponible.
Cependant, en dépit d’une tendance générale de la population à vouloir définitivement sortir le pays de la dictature, la confiance accordée aux hommes politiques reste très fragile, comme en témoigne la baisse du taux de participation des Roumains aux dernières élections.
L’ère d’une nouvelle Roumanie, ouverte vers l’Occident et prête à de nombreuses concessions pour intégrer l’Union européenne, tend à s’amorcer.

Vers l’Europe

Lors de notre séjour en Roumanie, nous avons eu l’occasion de rencontrer des représentants de l’administration locale notamment le vice-président du conseil général de Timis et le 1er adjoint de la mairie de Timisoara. Nos interlocuteurs ont souvent mis en avant la volonté du gouvernement d’ouvrir les frontières du pays vers l’Ouest. « Nous avons besoin de la lumière des pays de l’Ouest pour grandir », a ainsi déclaré le premier adjoint au maire de Timisoara, Adrian Orza (Parti Libéral – réélu aux élections municipales de 2000). « Nous désirons évoluer dans un souci de renouveau, c’est pour cela d’ailleurs que nous nous préoccupons tout particulièrement de la promotion des jeunes dans l’administration roumaine », ajoute-t-il. Dans la mesure de leurs moyens, les autorités tentent d’encourager les projets francophones qui tendent à entretenir une ouverture vers l’Europe de l’Ouest, grâce aux nouveaux moyens de communication et aux amitiés susceptibles de naître entre jeunes roumains et français. « Les frontières doivent disparaître. Il est possible aujourd’hui, grâce à la globalisation des moyens de communication comme Internet, de dépasser les barrières qui s’étaient dressées entre les pays occidentaux et notre pays avant la Révolution de 1989. » La Roumanie est donc en train de construire sa démocratie, et ce malgré le manque chronique d’argent. Une grande partie du budget municipal est en effet destiné en premier lieu à la lutte contre la pauvreté, avec l’aide des organisations non gouvernementales (ONG), et à l’entretien des infrastructures de la ville.