Carbunari autre visage roumain

Il ne faut surtout pas hésiter à sortir de Timisoara pour découvrir la campagne roumaine. Le dépaysement est total. Le sens des traditions et de l’accueil y sont ancrés. La vie suit son cours, lente, souvent ancestrale, parfois trop monotone pour les citadins français que nous sommes. Mais menons-nous la bonne vie ?

A 150 kilomètres de Timisoara, au sud du Banat, à 20 kilomètres de la frontière naturelle que forme le Danube avec la Serbie, Carbunari est une commune de 1.500 habitants. Elle est composée de deux villages, Carbunari et Stinapari, qui ont été fondés en 1742 sous la domination austro-hongroise du temps où les habitants étaient exploités dans les mines. Elle est assez pauvre: une partie de la population est au chômage depuis leur fermeture. Autour des quelque 500 maisons, la forêt s’étend sur plus de 3.000 hectares. Les habitations sont encore chauffées au bois, les toilettes sont dans les jardins, mais l’électricité a été installée en 1964.

La « primaria » (mairie) tente d’aider les familles dans le besoin avec les faibles subventions de l’Etat qu’elle perçoit, complétées par les dons d’anciens habitants du village. Le maire, Gheorghe Prasnescu, 36 ans, rêve de transformer la région en zone touristique. Le bal masqué de février attire bien les gens de Timisoara et des alentours. Mais pour cela il faut rendre les routes accessibles, et 20 kilomètres encore sont impraticables. Le « primar » le sait bien car c’est un ancien routier. En hiver, quand il y avait de la neige jusqu’aux fenêtres, il était le seul à oser monter au village pour l’approvisionner.

En attendant les touristes, les gens s’occupent comme ils le peuvent. Ici, on ne capte qu’une seule chaîne de télévision, la première chaîne publique TVR1. Les jeunes jouent au foot sur la place du village. Le soir ils se rendent à la discothèque, seul lieu de divertissement de la région. Mais la plupart des habitants vit au rythme des animaux. Ils se couchent et se lèvent tôt. Le matin, après un petit déjeuner composé d’omelette aux oignons, d’un verre de lait, de quelques tomates, de lard grillé ou encore de « mamaliga » (purée de maïs), la journée commence.

La tradition veut que l’on salue tous les hommes que l’on rencontre, y compris ceux que l’on ne connaît pas. On accompagne souvent le signe de la main en criant « Noroc », bonne chance. Des enfants mènent les moutons aux pâturages, des hommes partent à la recherche de leurs chevaux laissés la nuit en liberté, d’autres s’affairent dans les jardins…

À quelques détails près, on se croirait à une autre époque, tellement les modes de vie ancestraux ont été conservés.