Baissez le son!

Difficile d’échapper à la musique et au plaisir qu’elle procure, surtout quand on peut l’emmener partout. Cependant, elle n’est pas un hobby sans risque et la prudence est de rigueur.

En allant au lycée, au travail, dans le bus, dans la voiture, dans la rue, à travers les écouteurs ou à la radio, la musique peut nous accompagner à chaque instant. Pour Louis, élève de première au lycée Pontus de Tyard, elle est avant tout un moyen de tuer le temps : « Si je marche une demi-heure tous les jours, sur le même trajet, ça serait long sans musique, avec juste les bruits de la rue… », commente-t-il.

Cependant, les sons peuvent devenir des bruits à partir du moment où ils deviennent gênants ou dangereux. Le bruit existe sous différentes formes. Mais dans le cas de la musique, il est diffusé par des systèmes amplifiés (écouteurs, baffles…) toujours plus performants auxquels nos oreilles sont incapables de s’adapter. De plus, « notre oreille possède un seuil de tolérance maximal qui n’est pas le même pour tout le monde, c’est-à-dire que certaines personnes ont des oreilles plus fragiles que d’autres », explique Madame L’Hote, audioprothésiste. En effet, chaque fois qu’un bruit augmente de 3 décibels (dB), le volume sonore est multiplié deux.

C’est ainsi que les cellules ciliées, organe récepteur du signal sonore, peuvent se trouver altérées. Les oreilles ont une capacité limitée à accepter les sons forts. C’est un état naturel, car « dans la nature, les sons forts, ça n’existe pas. »

Les baladeurs, eux aussi source de problème

Pour madame L’Hote, les baladeurs, bien que soumis à une législation qui les limite à une certaine intensité (voir encadré), posent le problème de la durée de l’exposition. Nombreux sont les jeunes qui utilisent leurs baladeurs quotidiennement. Heureusement, à 85 dB, la durée d’exposition peut être de 8 heures sans dommage. Mais beaucoup, comme Julie, 16 ans, lycéenne, montent le son afin de masquer les bruits alentours, dans les transports, ou pour « être dans la musique ». Mais cette recherche de sensation peut avoir de graves conséquences, surtout quand on a tendance à « aller chercher soit même ce qu’on ne connaît pas ». Car plus l’oreille est jeune, plus elle est tolérante et semblera supporter l’intensité sonore. Là où l’adulte ressentira une gêne, le jeune, lui, ne sera pas alerté. Et à 100 dB, c’est au bout d’un quart d’heure que le danger apparaît. Impossible alors de ne pas mentionner les concerts dont l’intensité moyenne est d’environ 105 dB. Le risque d’une perte auditive est alors extrêmement élevé.

Des difficultés à entendre lorsque le locuteur s’éloigne, une impression de mauvaise diction, être obligé de faire répéter plus souvent ou avoir des difficultés à entendre dans le bruit sont autant de signes avant-coureurs. Tout aussi handicapant que la surdité, les acouphènes (bruits, sifflements permanents dans les oreilles)sont un autre symptôme qui peut créer une situation invalidante pouvant parfois conduire à une incapacité à travailler. Il n’est donc jamais trop tôt pour prendre ses précautions, car une perte d’audition, même légère, peu connaître une dégradation dans le temps et devenir un véritable handicape, tant dans le milieu professionnel que social et familial, car on ne peut en aucun cas revenir à une « audition normale ». À ce jour, les dégâts sur les cellules ciliées sont irréversibles et la seule solution est l’appareillage, qui ne constitue qu’un soulagement.

Pourtant, malgré une prévention de plus en plus présente, beaucoup de jeunes, bien qu’ils reconnaissent avoir connaissance des risques, n’en tiennent pas compte. Sarah, par exemple, trouverait « très difficile » de se passer de son iPod qu’elle écoute tous les matins, « pour penser à autre chose avant les cours ». Les accrocs du walkman n’envisagent donc pas de baisser le son et finalement, ce sont Margaux et Florent qui semblent les plus conscients des risques…alors qu’ils n’utilisent leurs écouteurs qu’occasionnellement et à volume réduit.

En attendant que les recherches en cours sur la régénération des cellules aboutissent, conseille l’audioprothésiste, pensez à baisser le son et aidez vos amis à le faire : si vous percevez ce qu’ils écoutent à travers leurs écouteurs, le volume est trop élevé. Munissez-vous de protections dans les endroits où vous savez que l’intensité sonore dépasse le seuil de tolérance (85 dB). Il en existe différentes selon le type d’atteinte (travail, musique) et le niveau. Attention, cependant, à ne pas tomber dans l’excès inverse : « la protection, c’est uniquement quand on en a besoin ».

 

 

 

 

 Les cellules ciliées, situées dans l’oreille interne (ou cochlée), sont les cellules chargées de transformer un bruit en son via un message nerveux transmis au cerveau. Les cellules ciliées, comme leur nom l’indique, sont des cellules couvertes de cils. C’est la vibration de ces cils qui nous permet d’entendre. Or,sous l’effet de bruits trop violents, les cellules perdent leurs cils et meurent. Ces cellules sont peu nombreuses (15 000 environ) et sont incapables de se régénérer.

 

Le parcours du son dans l’oreille :

1- Tympan

2-Chaîne d’osselets (elle amplifie le son)

3- Cellules ciliées (oreille interne : le son est transmis au cerveau par message nerveux : on entend)

Petit rappel juridique :
1er septembre 1998: la puissance maximale de sortie des baladeurs est limitée à 100 décibels (Db). 15 décembre 1998: le ministre de l’Emploi et de la Solidarité ainsi que le ministre du territoire et de l’Environnement imposent aux établissements et locaux diffusant à titre habituel de la musique amplifiée :Une pression acoustique moyenne de 105 dB au maximum avec interdiction de dépasser les 120 dB ; des conditions de mesure du niveau sonore très précises; pour les salles contiguës ou à l’intérieur d’autres bâtiments, l’isolement du local d’émission ne doit pas laisser filtrer plus de 3 dB dans le local de réception ; la mise en place de limiteurs de pression acoustique. 16 octobre 2007: les exploitants d’établissements diffusant à titre habituel de la musique amplifiée sont tenus de rendre compte de l’impact de leur nuisance sonore et sont passibles d’amendes de classe cinq dans le cas où cette nuisance franchirait les seuils énoncés ci-devant. (Une amende de classe 5 correspond à une violation délibérée d’une obligation particulière de prudence prévue par la loi ou un règlement.)

Quelques repères…

  • Lieu calme : 30 dB
  • Conversation : 40 à 60 dB Brasserie : 70 à 80 dB Seuil de risque : 85 dB
  • Écoute d’un baladeur à volume maximal: 90 à 100 dB
  • Salle de répétition : 100 dB Concerts : 105 à 120 dB
  • Réacteur d’avion : 120 à 130 dB

 

Pour plus d’information :

www.legifrance.gouv.fr

http://www.sante-sports.gouv.fr

Photos : Santévie et Campagnepublic.com