Avec vue sur la mer

Le sémaphore du Toulinguet, l’un des 59 encore en activité sur les côtes françaises, sert de tour de contrôle et permet aux embarcations d’être assistées en cas de besoin.

Le sémaphore du ToulinguetSitué à l’extrémité de la presqu’île du Crozon, le sémaphore du Toulinguet, aux allures de phare breton, domine la pointe du même nom. Sur le chemin de cette tour de guet, les vents soufflent sur quelques fortifications allemandes qui ont succédé à celles de l’époque napoléonienne. « Là-bas, c’est la Furieuse, un bateau de pêche », distingue, à l’œil nu, le quartier-maître Pierre-Yves Chauvet, du haut du sémaphore. « Au bout de six mois, on est capable de reconnaître les bateaux de son port » relativise-t-il. Aidé de sa collègue Amélie Peltier, second-maître, il est en charge de la surveillance du trafic maritime et de la sauvegarde de la vie humaine dans le secteur allant des Côtes-d’Armor jusqu’à la pointe du Raz. Grâce à des jumelles d’un zoom déconcertant (x25) et d’un radar, chaque bateau entrant en ligne de mire est identifié, du navire militaire à la simple goélette, ainsi que sa direction, afin de lui venir en aide s’il le faut. « Comme les pompiers, tant qu’il ne se passe rien, on ne sert à rien, mais on est bien content de nous trouver quand il arrive quelque chose », constate Pierre-Yves Chauvet.

Une semaine presque non-stop

Toujours un oeil sur les écrans« Nous sommes des militaires, mais nous apportons une aide civile avant tout », estime celui qui, comme tous les guetteurs des autres zones, de la Manche à la Corse, en passant par la Méditerranée, est affecté dans un sémaphore différent tous les trois ans. Pour Amélie Peltier, la prochaine destination sera l’Île d’Oléron. « Chaque sémaphore a son charme », sourit-elle. « C’est vrai qu’avec la mer comme point de vue, notre cadre de travail est sympa », confirme Pierre-Yves Chauvet.
Forcément, du sémaphore, la vue sur la mer d'Iroise est imprenableAvec un bémol quant aux conditions de travail : chaque guetteur est certes libre une semaine sur deux (deux équipes de guetteurs tournent chaque semaine), mais pendant sa semaine de travail, il est tenu d’être constamment présent dans le sémaphore, pour pouvoir faire face à toute urgence. « Par exemple, une fois, j’ai dû être prêt à 6 heures pour le départ d’un sous-marin », se souvient Pierre-Yves Chauvet. Pour répondre à cette obligation, les deux militaires logent à l’étage inférieur du sémaphore. En attendant de revoir les leurs, ils occupent leurs journées essentiellement en révisant des cours pour de futurs examens. Le bavardage est aussi de mise. « Heureusement que nous sommes deux, on peut discuter. Tout seul, je deviendrais fou » soutient, sourire aux lèvres, Pierre-Yves Chauvet. La journée se termine pour lui et sa collègue au coucher du soleil. Elle reprendra le lendemain à l’aube.