À la croisée des genres

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A Droite F. Guillot, directeur de la compagnie Retouramont et les 4 artistes

« Questionner notre lieu de vie »

 Typo : D’où est originaire la compagnie ?

F. Guillot : Nous sommes originaires d’Ile de France, plus particulièrement Charenton.

 Typo : Qui en est à l’initiative ?

F.Guillot : je suis fondateur de la compagnie. Elle a 26 ans.

 Typo : Quel était l’objectif de départ ?

F. Guillot : C’était d’utiliser des aptitudes de grimpeur parce que je suis grimpeur au départ, pour explorer la dimension verticale. Essayer de rentrer dans une mythologie de la verticalité. Que la verticalité puisse être un outil qui s’inscrit dans l’espace public, pour monter que l’on peut s’affranchir d’une certaine gravité.

 Typo : Le spectacle est composé 3 artistes de formations différentes, pourquoi avoir fait ce choix de diversité ?

routouramont-4F.Guillot : Nous avons deux danseuses qui font un travail de danse verticale, qui sont en suspension dans le baudrier. Un artiste de mât chinois qui lui ne peut évoluer que par sa propre force sur la structure. Quant au quatrième « interprète », c’est la structure, que font vivre les artistes tout au long du spectacle.

 Typo : Vous n’intervenez jamais lors de vos spectacles ?

F. Guillot : Depuis quelques années, je suis uniquement chorégraphe, ça me permet d’être plus conscient de mon travail. Mais j’y ai participé pendant plusieurs années. Maintenant j’ai envie de fabriquer des pièces pour l’espace public, qui va juste changer selon le lieu dans lequel il sera représenté. La semaine dernière nous dansions dans un cloître, un peu avant c’était entre deux arbres, c’était à nouveau très différent.

 Typo : Donc vous vous adaptez à votre environnement ?

F. Guillot : Ce n’est pas vraiment qu’on s’adapte, c’est surtout que la réception est différente. Et puis la sensation des danseurs évolue également, ici ils avaient une sensation autre, avec ce grand espace et ce grand cercle de public autour.

Typo : Cela fait plusieurs années que vous êtes à Chalon dans la rue, pourquoi ce festival ?

F. Guillot : Ce sont des fidélités entre équipes, entre le directeur Pedro Garcia et Retouramont. Et puis ça a du sens de travailler dans l’espace, car c’est une matière qu’il faut travailler, explorer. Ça fait cinq fois que nous travaillons sur des petites actions ou à l’intérieur du festival donc les Chalonnais ont pour habitude de nous voir explorer les verticales. De différente façon et dans différents quartiers.

 Typo : Que vous apporte le festival de rue ?

F. Guillot : C’est un choix en effet, car c’est un espace commun et je trouve que c’est important de questionner cet espace, par ce que c’est notre lieu de vie. Pour moi c’est une question complexe « qu’est-ce qu’habiter aujourd’hui ? », c’est une question qui n’est pas assez posée et je pense que les arts de rue peuvent y répondent à leurs façons. Cela fait plusieurs années que nous travaillons presque uniquement dans la rue, car dans ce lieu il n’y a pas de mauvais espaces. Parfois une rue qui peut paraître banale ou sinistre peut tout d’un coup sembler prédestinée à une danse aérienne.

 Typo : Quelles sont les différences entre ce spectacle-ci et ceux années précédentes ?

F.Guillot : Ce spectacle est basé sur la relation humaine, plus dans le jeu. La structure en arrondie permet de faire un rappel au cirque, puisque nous avons un artiste de cirque, celui qui pratique le mât chinois, avec nous cette année.

 Typo : Le circassien n’était donc pas présent les autres années ?

F. Guillot : Non, nous étions dans notre répertoire avec le travail sur corde. Les danseuses elles sont présentes depuis longtemps au sein de la compagnie qui contient en tout une dizaine de danseurs.

 Typo : Durant le spectacle on peut repérer des changements d’ambiances très marqués, pouvez nous expliquez ce choix ?

F.Guillot : En effet, la musique permet de créer des ruptures qui s’inscrivent dans un jeu rythmique. Dans l’écriture d’une pièce, il y a à la fois un travail sur le rythme, sur le mouvement, sur la relation entre les interprètes. La musique festive donne un côté ludique, tandis que les morceaux plus bruitiques et contemporains permettent une vraie entrée dans la matière.

 Typo : Aujourd’hui c’était votre première représentation sur cette édition du festival, quelle est votre première impression ?

F. Guillot : Ca m’a semblé plutôt chouette, après de l’intérieur c’est compliqué de se rendre vraiment compte, mais je n’ai pas vu le public bouger. C’est un signe, car s’il n’est pas captif il fait ce qu’il veut. Nous attendons maintenant de voir les autres représentations.

 Typo : Avez-vous des projets à venir ?

F.Guillot : Ah oui bien sûr, ce sont des projets qui se préparent longtemps à l’avance, pour celui-ci il a fallu deux ans. Il y a donc un futur spectacle pour 2017. Il est déjà dans les tuyaux et utilisera un agrès qui est un peu plus connu : l’échelle.

 

 

 

2 réflexions au sujet de « À la croisée des genres »

  1. Superbe article qui donne envie d’aller voir sois même ce qui se trame à chalon dans la rue !!!!

  2. J’ai vu ce beau spectacle et les images rendent joliment le mouvement, pas facile à capter ! L’interview m’a beaucoup appris également. Merci.

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