À Hiroshima

Le Dôme de Genbaku qui a survécu au souffle de l'explosionAprès Kagoshima et Tokyo, les chroniques de ce mois-ci ont permis de découvrir différents milieux urbains du Japon. Or, il reste encore une ville, le symbole de la reconstruction du pays après la Deuxième Guerre mondiale, à aborder pour être plus complet : Hiroshima. Le 6 août 1945 à 8h15, « Little Boy » explosait au-dessus de l’hôpital Shima. Le premier « boum » d’une bombe atomique utilisée en temps de guerre sonne le début d’une triste célébrité dont la ville se serait bien passée.

Hiroshima, « large île » traduit littéralement, s’est reconstruite rapidement. En 1957, la population avait déjà atteint le niveau d’avant 1945. À ma surprise de voir les masses se dépêcher de repeupler des terres détruites et contaminées, une quinquagénaire du coin, rencontrée à l’hôtel, me dit que « c’était faire acte patriotique que de retourner à Hiroshima. » Aujourd’hui, les 1 700 000 habitants profitent de tout le confort qu’offre n’importe quelle autre grande ville du Japon.

Le dôme du bâtiment qui servait autrefois de « hall de la promotion des Industries de la préfecture d’Hiroshima » a survécu à la bombe. Il est désormais le symbole de la ville. Il a été longtemps question de le raser jusqu’à son inscription au patrimoine mondial de l’humanité en 1996. En effet, pour certains, le souvenir était encore trop douloureux. La bombe atomique a longtemps été un tabou, car associée à la chute d’un empire qui avait mobilisé les foules et les esprits sous sa décadence, et au début d’une ère marquée par l’occupation américaine. Le mémorial de la paix, que visitent quotidiennement des bus d’écoliers, est un louable effort vers une prise de conscience générale. Mais d’un autre côté, les débats remettant en cause le pacifisme du Japon sont nombreux, comme si la colère due à une bombe injuste sommeillait encore chez certains.